Brexit : keep calm and carry on !

Après la gueule de bois, l’analyse. Pour Mathieu Laine, on peut compter sur le pragmatisme britannique pour faire de ce mauvais coup une opportunité!

M. Laine

Vu de Londres, le réveil, avouons-le, fut sacrément douloureux en ce 24 juin 2016. La veille, nous nous étions couchés tard, mais on ne peut plus confiants. Les sondages, les marchés, et même les marchés prédictifs – pourtant réputés parmi les meilleures techniques de prédiction actuellement disponibles – étaient au beau fixe. Personne n’aura donc vu venir le Brexit. Pas même ses partisans, qui assumaient en privé leur défaite en espérant un score serré pour peser sur l’avenir de leur parti.

Passés le choc, la stupeur et la tristesse de ceux qui, sincèrement, se sont battus outre-Manche pour que la perfide Albion joue collectif, l’heure est venue de questionner le plus sereinement possible la panique ambiante.

Si l’on peut comprendre l’inquiétude de ceux dont la fortune se compte en livres sterling et de ces entreprises anglaises commerçant principalement avec l’Europe, l’insécurité inhérente à ce saut dans l’inconnu se transformant, à court terme, en effondrement relatif de la monnaie britannique, en inflation et en recul boursier ; si l’on peut légitimement interroger l’avenir de l’Europe face à une potentielle épidémie de référendums autrement plus angoissante qu’une sécession isolée ; si le populisme et la peur des migrants comme le vote de repli des anciens expliquent malheureusement le succès du « Leave » ; et si, Français heureux de vivre en famille à Londres, je sens le sourire sarcastique de certains « amis » de mon si cher pays d’origine et j’entrevois, derrière quelques mines réjouies, si ce n’est de la satisfaction, du moins l’espoir d’une opportunité pour Paris ou Berlin, j’inciterais volontiers à se garder de tout mouvement de panique.

Car tout va dépendre, en réalité, non de cette décision historique, mais de la stratégie économique adoptée par nos amis britanniques en son lendemain. Si la politique politicienne devait primer, invitant le royaume à se replier sur lui-même sous l’influence malsaine et suicidaire de Ukip, ce serait, en effet, une catastrophe.

Opportunité

Mais si, comme cela semble bien plus probable, le futur Premier ministre – Boris Johnson, qui n’a jamais caché son amour pour Margaret Thatcher, ou un autre – s’efforce, comme me l’ont soufflé des parlementaires britanniques pro-Brexit, membres influents du Parti conservateur, non de faire fuir les plus riches et les plus entreprenants, mais de les rassurer bien vite, de les choyer et d’en attirer d’autres, en jouant d’incitations fiscales et règlementaires infiniment plus séduisantes que les membres de l’Union européenne, l’ironie vengeresse de certains continentaux, où une sous-réforme plie chaque jour davantage devant les moustaches menaçantes de la CGT, pourrait se briser sur le pragmatisme « pro-business » londonien. Car libérés de certaines contraintes bureaucratiques effectivement excessives, portés par un élan authentiquement démocratique invitant Cameron à démissionner et à ne jamais plus revenir devant les électeurs (quelle leçon !), et débarrassés d’un risque d’appel en garantie des irresponsabilités criantes d’États membres aussi peu réformistes que dispendieux, les Britanniques pourraient transformer un choix infiniment attristant en opportunité.

Cela ne nous empêchera pas de regretter leur influence positive sur les futures orientations européennes, de nous inquiéter d’un mouvement potentiel en faveur d’un vaste et grand marché, ouvert à l’Amérique et à l’Asie, mais se fermant en partie à sa zone d’influence naturelle, et de nous interroger sur le maintien de la paix, premier trésor de l’Union des nations européennes.

Enterrer trop vite le Royaume-Uni au lendemain du Brexit n’a toutefois aucun sens. La Suisse, dotée de moins d’atouts, a su se développer sans être membre de l’Union européenne. Gageons que nos amis anglais sauront, après une évidente gueule de bois, entrer en résilience et transformer ce largage en modèle de croissance jusqu’à imaginer avec le reste de l’Europe un accord de libre échange ad hoc dont nous tirerons tous profit.

Mathieu Laine est président d’Altermind France et d’Altermind UK. Il codirige Hypermind, enseigne à Sciences-Po et vient de publier le Dictionnaire amoureux de la Liberté (Plon) dans lequel on retrouvera un portrait de Boris Johnson.

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Dominique IAKHLEF

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