Brexit. Les 1001 questions des expats français

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Les Français expatriés outre-Manche oscillent entre l’inquiétude, la perplexité, l’agacement… et même la satisfaction. Réactions au lendemain du scrutin.

C’est une première dans l’histoire de l’UE : un Etat membre va préparer sa sortie. C’est en tout cas la volonté du peuple britannique, qui a voté en faveur du Brexit. Un résultat qui suscite de nombreuses réactions de la part des quelque 300 000 Français installés outre-Manche.

D’abord du côté des étudiants français, comme Marine Authier, 25 ans, en doctorat de littérature française à l’université du Kent et installée à Canterbury depuis cinq ans. “Même si j’entendais parler du clash des générations entre les deux camps, je ne m’attendais pas du tout à ce que le Brexit l’emporte. Les jeunes avaient tous l’impression que le ‘Remain’ allait passer. Moi-même, je n’avais pas un seul ami qui souhaitait la sortie”, explique-t-elle.

“Vais-je pouvoir terminer ma thèse ?” Partie à l’origine dans le cadre d’Erasmus, Marine Authier est restée outre-Manche, et sa thèse sur Marcel Proust est désormais financée par l’Etat britannique et par l’université du Kent :

« Le Brexit m’inquiète à plusieurs niveaux : est-ce que je vais pouvoir terminer ma thèse ? Sera-t-elle ou non reconnue en France et dans d’autres pays ? Sous quel statut et à quelles conditions (cartes de séjour, visas…) vais-je poursuivre mes études ? Comment mon diplôme sera-t-il reconnu ? Finalement, je vais peut-être essayer d’obtenir la nationalité anglaise, ça pourrait simplifier les choses !”

Sa fac est elle-même très ancrée dans l’UE. Elle remarque :

« Je suis dans une université très cosmopolite, où l’on côtoie l’Europe au quotidien. Mes amis et moi sommes choqués et dépités. L’université de Kent nous a envoyé un mail pour assurer les professeurs, les étudiants et le personnel international de son soutien. C’est un campus qui a toujours été très proeuropéen et l’université avait jusqu’à présent beaucoup valorisé cet aspect.”

“A quel coût importer de la nourriture ?”

Pour Charles Lepelletier, 36 ans, propriétaire du restaurant français Le Garrick à Londres et expatrié dans la capitale britannique depuis 15 ans, les questions fusent :

« Est-ce que les Européens, et non-Européens, qui sont une manne touristique, pourront encore voyager au Royaume-Uni facilement ? Est-ce que cela posera des soucis supplémentaires pour l’import de nourriture ? Cela sera-t-il aussi simple qu’avant d’employer du personnel français ? La valeur de la livre sur l’euro est aussi une donnée très importante pour moi, car la majorité de mes produits vient de France.”

La plupart de ses clients, souvent employés dans de grandes entreprises françaises, se disent encore peu affectés par l’annonce. Selon lui,

« Les expatriés paniqués sont ceux qui travaillent pour des entreprises de droit anglais et qui se demandent s’il va leur falloir des visas pour rester. Finalement, je ne suis pas plus inquiet que cela, car les effets ne seront pas immédiats, mais c’est tout de même un choc.”

Demain y aura-t-il moins de paperasse ?

Dominique Iakhlef, expatrié à Londres depuis sept ans, a fondé en 2009 le cabinet Cubink, dont la mission est d’aider les entrepreneurs et les PME francophones dans leur implantation au Royaume-Uni. Et sa réaction positive à l’annonce du Brexit est à contre-courant, même s’il avoue ne pas en avoir dormi de la nuit :

« Le Brexit est une nouvelle plutôt positive pour les entrepreneurs, car la Grande-Bretagne va s’alléger de la paperasserie et des contrôles européens. Aujourd’hui, les Français s’installent en Angleterre, entre autres par intérêt administratif et fiscal. Demain, les procédures seront encore plus allégées. Les banques anglaises ne seront plus contrôlées par l’UE, donc les ouvertures de comptes devraient être simplifiées.”

Dominique Iakhlef relativise cependant, car tel n’est évidemment pas le cas de tous les types d’entreprises, notamment pour celles qui ont besoin d’échanger des marchandises… “Tout sera également remis à plat sur les sujets de propriété intellectuelle, de brevets ou de fusion-acquisition par exemple”.

Autre sujet de vigilance selon lui : “Le flou artistique et juridique qui risque de durer pourrait donner des idées à des entrepreneurs malintentionnés, qui voudraient par exemple tenter de profiter de certaines incohérences sur les régimes fiscaux.”

“Faut-il que je vende mes livres sterling ?”

L’inquiétude est aussi palpable du côté des expatriés français salariés sur place et les questions concernent aussi bien la vie privée que la vie professionnelle. Pour Myriam Vander Elst, expatriée depuis vingt-quatre ans outre-Manche,

« Le Brexit, nous l’avons vu venir sans y croire. Je suis absolument catastrophée politiquement, car il peut y avoir un effet domino sur d’autres régions de la Grande-Bretagne et de l’Europe. Selon moi, c’est le jour le plus traumatique en Angleterre depuis la mort de Diana, où la Grande-Bretagne a vacillé !”

Et l’affolement des marchés financiers après l’annonce des résultats n’est pas pour la rassurer :

« Cela fait un mois que je me demande si je vends mes pounds, car j’ai beaucoup d’économies en livres sterling. Ce sont les économies d’une vie, qui sont exprimées à 50 % en euros et à 50 % en pounds. Je viens de prendre un bouillon phénoménal !”

Myriam Vander Elst s’inquiète également pour son bien immobilier, acheté très cher et qui risque de se déprécier.

Le Brexit s’est aussi invité dans les cours d’école :

« Il y a quatre jours, ma fille de 15 ans (née en Angleterre, bilingue et inscrite au lycée français de Londres) m’a dit qu’en cas de Brexit ses amis allaient déménager. Et les enfants répètent ce que disent leurs parents… Pour le moment, je vais attendre. Je ne vais pas me déraciner. Je n’ai jamais travaillé en France et j’adore la Grande-Bretagne.”

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