Royaume Uni : les ressorts méconnus du succès économique

David Cameron Number 10 (Creative Commons)

On peut se demander avec raison pourquoi le Royaume-Uni a connu une baisse importante du chômage et un taux de croissance largement supérieur au nôtre, ces dernières années. La presse française semble surtout attribuer la croissance britannique à une politique monétaire accommodante, mais en réalité elle est surtout le fruit d’un ensemble de réformes menées tenacement et courageusement depuis 2010. Ces réformes consistent pour l’essentiel à faire confiance aux entreprises, seules capables de dynamiser le pays.

La presse française s’est empressée de souligner que contrairement à ce que les conservateurs britanniques avaient promis, le déficit du budget reste encore parmi les plus élevés de l’Union européenne, à 5% du PIB. Mais ces critiques occultent une réalité finalement plus importante : le chômage – qui a durement frappé le Royaume-Uni durant la crise – est redescendu à 5,7% en 20141 et la croissance y est parmi les plus fortes d’Europe, à 2,6% du PIB. Par comparaison la France a un taux de chômage de 10,6% et une croissance de 0,4%. De surcroît, on constate que la politique budgétaire britannique consiste manifestement à reculer pour mieux sauter, puisque d’après les prévisions du Trésor, le retour de la croissance et de l’emploi entraînera un surplus budgétaire à partir de 20182.

Quelle a été la clé de cette réussite ?

D’après deux économistes spécialistes de l’assouplissement monétaire, la croissance britannique lui serait due pour seulement un quart (soit 0,7% de croissance), elle ne serait donc pas l’explication principale. Certains ont dit également que la croissance britannique était due à une baisse des dépenses publiques, mais cette analyse est insuffisante : l’objectif était surtout de réduire le déficit, et en pourcentage du PIB on ne constate pas une baisse des recettes fiscales globales.

Il faut donc chercher ailleurs les raisons de cette performance. La première raison, c’est la capacité de résilience de l’économie britannique, plus souple et réactive du fait de la législation fiscale et du code du travail. La deuxième raison provient d’un ensemble de réformes structurelles initiées dès 2010, à travers la déclinaison systématique d’un « plan for growth ».

L’économie britannique, une économie résiliente

Le premier élément important que l’on peut mentionner est que le Royaume-Uni possède depuis longtemps un environnement favorable à l’émergence de startups et à l’entreprise en général. Parmi de nombreux éléments que l’on pourrait mentionner, trois nous apparaissent particulièrement importants dans le redémarrage du Royaume-Uni :

  • Pas de taxe sur les plus-values de cession, pour les investissements réalisés dans une petite entreprise3. Il y a donc une rémunération du risque, qui n’existe pas en France où investir dans les jeunes pousses s’apparente aujourd’hui à du bénévolat et bloque donc la création d’emplois dans les jeunes entreprises, là où il y a le plus grand potentiel de croissance.
  • Possibilité jusqu’à un an après l’embauche, de se séparer d’un salarié sans aucune procédure s’il s’avère que l’activité ne redémarre pas comme prévu ou si un contrat important ne se matérialise pas. En période de reprise, les entreprises ne craignent donc pas d’embaucher immédiatement plutôt que d’attendre d’avoir un matelas financier suffisant en cas de licenciement ultérieur autrement coûteux.
  • Un coût du travail nettement inférieur au nôtre puisque le total des charges sur salaire est de 22% contre 60% en France.

Le « plan for growth » de David Cameron

La deuxième raison de cette réussite se trouve dans le « plan for growth » lancé en 2011 par le gouvernement britannique. Ce plan avait quatre ambitions majeures, dont les trois premières étaient les suivantes :

  • « Créer le système fiscal le plus compétitif des pays du G20 » ;
  • « Faire du Royaume-Uni l’un des meilleurs endroits pour créer, financer et faire grandir une entreprise » ;
  • « Encourager l’investissement et l’exportation pour une économie plus équilibrée ».

À la différence des rapports gouvernementaux français, ce plan ne s’est pas contenté de déclarations d’intention mais s’est décliné dans plusieurs mesures concrètes.

Depuis 2010, le taux d’impôt sur les sociétés a été progressivement abaissé de 28% à 20%, en faisant désormais le taux le plus faible des pays du G20. C’est une mesure hautement stratégique puisque le taux d’impôt sur les sociétés est une des premières choses que comparent les investisseurs. Rappelons que le taux moyen en France est de 38%4, soit pratiquement le double du taux actuel britannique5. Le gouvernement a également mené une politique active pour aider les entreprises à remporter des contrats à l’étranger. Le nombre d’entreprises exportatrices soutenues a ainsi augmenté de près de 30% en 2013.

Le Royaume-Uni s’est également fixé comme objectif de simplifier et stabiliser la fiscalité : au moins une quarantaine de niches fiscales ont été supprimées grâce aux travaux de l’Office for Tax Simplification. Ces mesures se sont accompagnées d’un objectif de diminution du poids de la règlementation britannique : désormais toute nouvelle réglementation d’un ministère ne peut être introduite sans en supprimer deux fois l’équivalent en charge pour les entreprises. Grâce à ce dispositif, le coût règlementaire sur les entreprises a déjà baissé de plus de 2 milliards par an et la baisse va donc augmenter d’année en année. Le « Red Tape Challenge »6 a déjà identifié un milliard supplémentaire pouvant être éliminé.

En outre, tout en supprimant certaines niches inutiles à la croissance, le Royaume-Uni en a instauré d’autres dont l’effet est catalytique pour augmenter le financement des petites et moyennes entreprises :

  • Le Seed Enterprise Investment Scheme : mise en place d’un dispositif accordant 50% de déduction d’impôt sur le revenu pour les investissements dans les entreprises en début d’existence et de moins de 25 salariés. Ce dispositif a permis d’investir 80 millions de livres en 2012-2013 dans environ un millier de startups.
  • En ce qui concerne l’Entreprise Investment Scheme déjà existant, la déduction d’impôt est passée de 20% à 30% du montant investi dans une entreprise, faisant passer de 600 millions de livres à plus d’un milliard l’investissement annuel dans les petites et moyennes entreprises via ce dispositif.
  • Le plafonnement à 10% de la taxe sur les plus-values de cessions a été étendu jusqu’à 10 millions de livres de plus-values pour les individus détenant au moins 5% du capital de l’entreprise et ayant été salarié ou dirigeant pendant au moins un an7 (limite sur la totalité des plus-values réalisées au cours de sa vie).

Enfin, le plan for growth comprenait un dernier volet, celui de « créer une main-d’œuvre plus compétente et la plus flexible d’Europe ». Il s’est agi notamment d’une grande réforme de l’apprentissage visant à le rendre attractif à la fois pour les apprentis et les entreprises : depuis 2009-2010, le nombre d’apprentis est passé de 500.000 à plus de 800.0008. Le gouvernement met également en œuvre des réformes pour améliorer le niveau déjà bon des universités britanniques. Il affiche ouvertement l’ambition d’être le premier pays au monde après les États-Unis pour les études supérieures.

2,4 millions d’emplois privés ont été créés au Royaume-Uni depuis l’élection de David Cameron, tandis que 600.000 chômeurs supplémentaires ont été créés en France depuis l’élection de François Hollande. Il n’y a pas de doute que la méthode du Royaume-Uni pour réduire le chômage est plus efficace que la nôtre.

  1. Soit très proche de ce qui est considéré comme le chômage de « plein emploi ».
  2. Voir article du Wall Street Journal du 19 mars 2015, par Simon Nixon : « Osborne, the Very Height of Monetary Activism ».
  3. Sous certaines conditions : passer via le dispositif de l’Enterprise Investment Scheme (EIS) et conserver les titres au moins 3 ans.
  4. En France, certaines charges ne sont pas déductibles, ce qui explique que le taux réel soit supérieur au taux nominal de 33%.
  5. C’est donc notamment pour cette raison que le Royaume-Uni a atteint son objectif de garder sa place dans le haut du classement des investissements directs étrangers (IDE). Le Royaume-Uni est effectivement toujours le premier pays européen en termes de création d’emplois par les IDE. Ainsi, les IDE continuent de créer deux fois plus d’emplois au Royaume-Uni qu’en France (cf. ce rapport p.17.).
  6.  Traduire « le défi de la paperasserie ».
  7. Il faut également qu’il s’agisse d’une activité commerciale : https://www.gov.uk/entrepreneurs-relief/eligibility.
  8. Cf. ce rapport p.25.

L’appel de Londres reste d’actualité!

Les charmes concrets de la capitale britannique sont appréciés des Français: leurs achats d’immobilier soutiennent le marché à South Kensington.

london

Oxford Street. Les guirlandes ont déjà colonisé l’artère la plus commerçante de Londres à l’approche de Noël. De la marée humaine qui circule s’échappe un brouhaha d’anglais, d’arabe, de polonais, d’espagnol… Partout, on entend aussi la langue de Molière. Un automne ordinaire dans la vibrante Babel britannique, sixième ville française avec sa communauté de 300.000 Froggies?

Presque… L’intérêt des plus fortunés pour Londres est plus vif cette année. « En un an, les demandes d’acheteurs français ont bondi de 20% », observe Ed Mead, patron de l’agence immobilière Douglas & Gordon, à Chelsea. Non loin, au coeur de South Kensington, David Mumby, patron d’une autre agence, Knight Frank, affiche un large sourire. En dix mois, il a cédé 28 biens immobiliers vendus entre 3 et 12,5 millions d’euros. Et les achats des Français représentent « un tiers des transactions ».

L’invitation du Premier ministre David Cameron, prêt à dérouler « le tapis rouge » à ses voisins entrepreneurs d’outre-Manche, semble donc avoir été prise au mot. La capitale britannique, sans parler de fiscalité, a de nombreux atouts: proximité de Paris, qualité de l’immobilier, infrastructures, système éducatif, espaces verts, offre culturelle… « Les nouveaux arrivants ont entre 30 et 50 ans et des jobs de très haut niveau, avec une composante fortement mobile. Ils sont directeurs généraux ou membres du comité de direction de grandes entreprises », décrit David Mumby. « Le meilleur indicateur, c’est la liste d’attente du lycée français de Londres, qui n’a jamais été aussi longue malgré l’ouverture d’une annexe à Kentish Town », ajoute le chasseur de têtes Stéphane Rambosson, associé au sein du cabinet Veni Partners. Argument discutable: le déficit d’offre scolaire – 4.700 places au lycée français – est un phénomène ancien. Le proviseur, Bernard Vasseur, a précisé que son établissement avait « 492 demandes d’inscription ».

Nouvelle immigration

Les déménagements se font dans la plus grande discrétion et suscitent, là encore, des rumeurs. Info ou intox? L’un cite un PDG d’une grande compagnie d’assurances. Un autre, le patron d’une marque de luxe. Un troisième, le dirigeant d’un fonds de capital-risque…

Mais Londres n’attire pas que des financiers. « On récupère ici des gens qui viennent juste tenter leur chance », précise Stéphane Rambosson. Ces Français-là ne s’installent pas dans la « froggie valley » (South Kensington), mais à l’est de la ville, où les loyers sont bien plus bas. Près de Farringdon, par exemple. Dans Innovation Warehouse, un entrepôt reconverti en pépinière d’entreprises, deux jeunes Français, Zacharie Sabban et Jonathan Younes, développent Festicket, un site Internet dédié aux festivals de musique. « Londres offre d’excellentes conditions pour créer une entreprise, expliquent-ils. Les formalités prennent dix minutes, les embauches sont flexibles, l’accès aux financements est plus facile. »

Dans le même quartier, installé dans les locaux du Google campus, Loïc Dumas développe l’activité britannique d’une start-up française. Aux « Apéros entrepreneurs », qu’il a lancés dans un bar il y a deux ans, il voit arriver chaque mois une vingtaine de nouveaux venus, attirés par le climat « business friendly » de la mégapole londonienne.

Challenges

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