Smart London : où en est la fusion « Big Ben » et Big Data ?

Dans le quartier de l’East End, au cœur de Londres, la Tech City abrite de nombreuses start-up. Elles y trouvent des investisseurs, eux-mêmes attirés par un contexte fiscal favorable.
Dans le quartier de l’East End, au cœur de Londres, la Tech City abrite de nombreuses start-up. Elles y trouvent des investisseurs, eux-mêmes attirés par un contexte fiscal favorable. (Crédits : DR)
Le #ForumSmartCity, organisé par La Tribune le 20 novembre prochain, est l’occasion de revenir sur les problématiques et les perspectives de la ville de demain. Riche en startups et en incubateurs, Londres, par sa taille et son positionnement smart city, apparaît comme la rivale de Paris. Comment s’est construite la démarche de la capitale britannique ? Quelles leçons en tirer ? Revue de détail.
Un Londonien à qui vous demandez si sa ville est une smart city ne comprendra pas de quoi vous lui parlez. Pourtant, depuis les années 2000, Londres a su engager des projets technologiques visant à rendre la ville non seulement plus vivable, mais tout simplement capable de résister à la pression qui pèse sur ses infrastructures. En fait, devenir smart n’est pas une affaire de choix mais de survie. Mark Kleinman, directeur de la politique économique et des entreprises pour le Grand Londres, le justifie :

« Le taux d’augmentation considérable de la population londonienne, équivalent à celui de la deuxième révolution industrielle, rend nécessaire cet agenda. »

Avec une population de plus de 8,3 millions d’habitants et une projection de croissance de plus de 10 millions de personnes d’ici à 2030, impossible de croître comme avant sans engendrer d’importants dégâts sociaux, économiques et environnementaux. Alors, qu’est-ce qu’être smart à Londres ? On ne le sait pas encore tout à fait, mais on sait que ce sera différent de ce que l’on a fait jusqu’ici, et qu’il faut miser sur les technologies numériques pour améliorer les services publics et les infrastructures.
La décennie 2000 a vu des initiatives expérimentales et morcelées.

En mars 2013, le maire Boris Johnson décide de réagir en instituant un Smart London Board, placé sous son autorité directe, composé d’experts issus d’universités et d’entreprises et présidé par le professeur David Gann, titulaire de la chaire en innovation et management de la technologie à l’Imperial College.

La présence d’experts était cruciale :

« Nous avons considéré, explique Mark Kleinman, que les agents publics n’étaient pas les mieux placés pour se pencher sur ces sujets. »

En décembre 2013, le Board a publié le premier « Smart London plan », dont l’objectif est de « comprendre quelles nouvelles approches l’innovation numérique peut apporter ».

À la recherche de l’interactivité

Le premier domaine d’importance du plan Smart London concerne les services publics. Objectif : les rendre plus transparents et accessibles, en développant le plus possible la participation des Londoniens. On peut y voir une idée à la mode, on peut aussi y voir une volonté sincère d’accentuer une dynamique plus « bottom-up », dans la lignée du « localisme » prôné par David Cameron.

Le site de la ville de Londres (london.gov.uk) regroupe ainsi toutes les informations sur les différentes assemblées de la ville et les initiatives prises par le maire. Selon le Plan de 2013, il faut demander aux Londoniens, aux entreprises et aux autres parties prenantes « ce à quoi le Smart London devrait ressembler » et « les mobiliser pour qu’ils soient partie intégrante de la solution ». La municipalité incite donc les habitants, par l’intermédiaire de médias sociaux et autres plates-formes, à transmettre les messages qui leur tiennent à cœur. La plate-forme la plus emblématique, Talk London, propose ainsi des discussions, sondages et retours d’expérience en ligne sur les domaines clés de la ville - santé, sécurité, logement, transport, éducation.

Depuis janvier 2014, 9 000 Londoniens s’y sont exprimés sur la santé. Mais pour participer, il faut comprendre : c’est pourquoi Londres, comme le gouvernement britannique, s’est engagé dans la publication de ses données en ligne, l’open data, présentes sur le data store de la ville. C’est une approche que la capitale britannique souhaite développer et qu’elle relie à des objectifs chiffrés dans son Plan de 2013. Pour les promoteurs du Smart London, le Graal serait d’aller encore plus loin et que les différents secteurs de l’Administration travaillent ensemble et non plus en silos. Ce chantier, lui, ne fait que commencer.

Rendre les transports plus faciles…

Mais la vie quotidienne des Londoniens n’est pas faite que de services publics : en réalité, c’est bien la qualité des infrastructures qui reste leur première préoccupation, transports en tête. L’utilisation des technologies numériques y a permis des réalisations majeures, à commen­cer par l’affichage en temps réel du temps d’attente des métros et des bus. Selon Leo Hollis, écrivain et historien de la ville, auteur de « Cities Are Good for You : The Genius of the Metropolis », cette technologie peut sembler anecdotique mais son impact est considérable. Reste que les défis de Londres en matière d’infrastructures sont colossaux. Le Plan de 2013 met l’accent sur la promotion des smart grids, la visualisation en 3D des infrastructures et la poursuite de l’amélioration du trafic. Avec le London Infrastructure Plan 2050, la ville se penche parallèlement sur les besoins de la ville à moyen terme : comme l’explique Mark Kleinman, « l’objectif n’est pas de trouver une solution unique mais que les institutions deviennent « résilientes » ».

Toute smart city digne de ce nom doit aussi savoir favoriser la vitalité économique, notamment dans la technologie. Et Londres ne manque pas à l’appel. La prolifération des start-up y est très encourageante, avec une densité de créateurs d’entreprise qui atteint les 30 pour 100 000 habitants, comme à Paris. Plusieurs espaces de coworking y sont aussi apparus, tout comme ces vecteurs privilégiés de l’innovation que sont les incubateurs et accélérateurs.

Des avancées mais aussi des freins et des critiques

Depuis les années 2010, la ville de Londres a pris de nombreuses mesures pour rendre son quartier numérique, la Tech City, plus attractif - c’est là que Google a installé son incubateur et accélérateur privé, le Google Campus, en 2012. Tech City a déjà fait émerger des acteurs prometteurs : ainsi, en 2007, Last.fm (un site de musique) était acquis par CBS Interactive pour 280 millions de dollars. D’autres laissent espérer une réussite similaire, comme Wonga, un prêteur à court terme. Londres bénéficie sans aucun doute d’un contexte favorable aux entreprises : depuis avril 2011, le gouvernement a lancé un visa entrepreneur, a simplifié la création d’entreprise et voté une série de mesures fiscales pour favoriser les entrepreneurs et les investisseurs.

Alors, Londres modèle de smart city ? Pas tout à fait. Pour les plus critiques, la ville serait loin d’avoir atteint ses objectifs, notamment en termes de connexion Internet – pas encore assez rapide, ni assez étendue ni assez bon marché. Quant aux start-up, certains commentateurs nuancent l’enthousiasme aujourd’hui de mise.

« The Economist » notait ainsi, en octobre 2013, qu’il manquait encore à la Tech City un « grand succès » pour être convaincante. En réalité, l’écosystème lui-même reste une sorte de start-up.

Vers une privatisation de la ville ?

Londres n’échappe pas non plus aux critiques souvent soulevées à l’encontre des projets de smart cities, qui seraient potentiellement inutiles voire néfastes. Il n’y aurait là que visée commerciale de la part des grandes entreprises de la technologie, qui entrerait en résonance avec la vanité de municipalités, avides de nouveaux concepts marketing ; le tout au mépris des véritables aspirations des Londoniens. Pire, on serait à la veille, selon l’urbaniste historien Leo Hollis, d’une véritable « privatisation » de la ville.

Pour preuve : le fait que le Wi-Fi gratuit dans le métro promis aux Londoniens après les jeux Olympiques soit devenu payant, sauf pour les clients de certains opérateurs ! Le projet lui-même de ville participative serait dérangeant. Selon Leo Hollis, « il y aurait quelque chose comme de l’utopie à vouloir forger un « gouvernement 2.0 » en pensant, à tort, que les règles d’une ville sont identiques à celles de l’Internet. » Si la smart city londonienne présente d’indéniables bénéfices, ces critiques rappellent que les citoyens ne doivent pas oublier de demander des précisions sur les objectifs du projet et d’appréhender les conséquences.

Laetitia Strauch, à LondresLa Tribune.

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