L’économie britannique enregistre la plus forte croissance du G8

Pour le ministre des Finances britannique George Osborne, le médicament était amer à avaler, mais nécessaire pour soigner le patient (Keystone)

Pour le ministre des Finances britannique George Osborne, le médicament était amer à avaler, mais nécessaire pour soigner le patient (Keystone)

Derrière la reprise se trouve un effet de rattrapage, une Banque d’Angleterre très agressive et la flexibilité du marché de l’emploi.

Le Royaume-Uni est l’économie en forme du moment au sein des grands pays occidentaux. Avec un PIB en hausse de 3,2% sur les douze derniers mois (juillet 2013 à juin 2014), elle connaît la croissance la plus forte du G8. De quoi pavoiser pour le gouvernement britannique, qui répète sur tous les tons que son «plan de long terme marche». Tout donne l’impression que le pays a tourné la page de la crise. Ce mercredi, la Banque d’Angleterre a révélé que deux des neuf membres de son comité monétaire avaient voté pour une hausse du taux d’intérêt directeur. Celui-ci est depuis 2009 à un niveau historiquement bas, à 0,5%. Son augmentation, attendue par la plupart des économistes début 2015, marquera un retour à la normale.

Pourtant, la forte croissance actuelle ne doit pas faire oublier la récession catastrophique au Royaume-Uni les années précédentes. Pendant la crise, le PIB a chuté de 7,2%, plus que pour tous les autres pays du G8. Ce recul vient tout juste d’être effacé, avec une économie qui a retrouvé son pic de 2008 en juin. «Etant donné qu’il a fallu six ans pour y arriver, les célébrations doivent être mises en perspective», relativise Howard Archer, économiste à IHS Global Insight. Cela fait de la récession de ces dernières années la plus longue qu’ait connue le Royaume-Uni. Même la crise de 1929, certes plus violente, a duré moins longtemps.

L’amélioration est donc en partie un effet de rattrapage. Reste qu’elle est réelle. Est-ce un succès pour le gouvernement britannique, qui a choisi en arrivant au pouvoir en 2010 de se lancer dans un grand plan d’austérité? George Osborne assure que c’est le cas: pour lui, le médicament était amer à avaler, mais nécessaire pour soigner le patient.

Flexibilité de l’emploi

Cette version est pourtant contestée par de nombreux économistes. «La vérité est qu’après la baisse initiale du déficit, il y a eu une sérieuse pause après 2012», souligne Jonathan Portes, du National Institute of Economic and Social Research. Sans jamais l’annoncer, le gouvernement britannique a réduit la vitesse des coupes budgétaires, voyant que la reprise n’arrivait pas. D’ailleurs, le retour à l’équilibre budgétaire, prévu initialement pour 2015, a été repoussé à 2018. Le déficit pour l’année dernière (avril 2013 à mars 2014) demeure très élevé, à 6% du PIB. L’autre grand facteur qui explique la reprise britannique est la politique monétaire. La Banque d’Angleterre a non seulement baissé son taux à un niveau historique, mais elle a aussi procédé à un vaste programme de «desserrement monétaire quantitatif» (quantitative easing). Ses premières tentatives dans ce domaine n’ont d’ailleurs pas vraiment marché. En revanche, son programme de soutien aux emprunts immobiliers, lancé en 2012, a été un succès spectaculaire. Les Britanniques se sont précipités pour acheter des logements, dont les prix se sont envolés. A tel point que la Banque d’Angleterre, craignant une bulle à Londres, a mis fin à cette aide début 2015. Mais cela a permis de relancer la confiance des ménages.

Reste un dernier point essentiel: la flexibilité du marché du travail. Contrairement aux attentes des économistes, le chômage n’a pas explosé au début de la crise. Il a progressé, mais guère au-delà de 8% et il est aujourd’hui retombé à 6,4%. Plutôt que de licencier, les entreprises ont préféré geler les salaires. Elles ont aussi recours de plus en plus souvent à des «auto-entrepreneurs», qui travaillent pour elles mais sont à leur compte. Depuis 2008, les trois quarts des emplois créés sont dans cette catégorie. Cela signifie plus de précarité et un pouvoir d’achat qui s’effrite, «mais c’est nettement préférable au chômage de masse en France ou en Espagne», estime Jonathan Portes.

Pour lui, le gouvernement britannique actuel n’est donc pas vraiment responsable de la reprise: le marché de l’emploi est flexible suite à des réformes qui remontent aux années 1980 et 1990, et la politique monétaire n’est pas de son ressort. Seul argument à mettre à son crédit? «Il a su ne pas être aussi incompétent que les autorités au sein de la zone euro.»

Eric Albert -LE TEMPS-

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