Heureux comme un Français à Londres

Ils ont fait leur vie dans la capitale britannique, apprécient son dynamisme économique et sa qualité de vie. Ils témoignent.

«Londres est désormais la sixième ville de France», s’était amusé Nicolas Sarkozy à l’occasion de sa visite d’Etat en Grande-Bretagne en 2008. Avec une population estimée entre 300.000 et 400.000 personnes, la communauté française est devenue en quelques années l’une des plus importantes minorités étrangères de la capitale britannique. En dépit de la crise financière qui a ébranlé la City et durement touché l’économie du royaume, Londres semble attirer toujours autant les Français, qui sont de plus en plus nombreux à monter dans l’Eurostar pour traverser la Manche. «Nous n’avons enregistré aucune baisse du nombre d’inscrits sur nos listes pendant et après la crise», assure Edouard Braine, consul général de France à Londres, dont les bureaux sont installés à South Kensington, le quartier au cœur de la vie tricolore, avec ses cafés et librairies françaises fièrement installés autour du lycée Charles-de-Gaulle.

Malgré le départ de nombreux Français après la chute brutale de Lehman Brothers, fin 2008, les nouveaux arrivants ont plus que compensé les départs. Finalement, la crise n’a pas fondamentalement remis en cause les raisons de la formidable attractivité de la capitale anglaise: une ville qui bouge, ouverte sur le monde et dotée d’un marché du travail hyperflexible.«On a ici l’opportunité unique de pouvoir travailler avec tous les pays et toute l’Europe de la finance», apprécie Laurent Féniou, élégant banquier dans la très discrète banque d’affaires Rothschild, qui a trouvé à Londres la carrière internationale dont il avait toujours rêvé depuis son enfance à Narbonne. Pour Stephan Caron, ancien champion de natation qui a parfaitement réussi sa reconversion professionnelle dans la finance après les JO de Barcelone, s’installer à Londres fut presque une évidence: «J’ai travaillé au départ dans quelques banques à Paris, mais c’est encore loin du niveau de la City, explique-t-il. C’est aussi beaucoup plus facile de travailler ici, car les Anglo-Saxons sont beaucoup plus décomplexés par rapport à l’argent.» Il tient en revanche à infirmer l’idée fausse selon laquelle on paie moins d’impôts en Angleterre qu’en France. Avec l’absence de quotient familial et un taux d’imposition sur le revenu de 50% pour les plus riches, de nombreuses familles françaises paient des impôts plus lourds en Grande-Bretagne.

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Mais si la City joue encore un rôle majeur dans l’économie britannique, l’attractivité de Londres dépasse de loin le seul domaine de la finance. «A Londres, on a toujours l’impression que quelque chose va se passer et qu’on va être surpris. On y trouve la diversité et la richesse ethniques, culturelles et intellectuelles de New York, mais tout en étant à proximité de l’Europe», apprécie Raphaëlle Khan, jeune étudiante parisienne de 24 ans, qui vient de finir son master d’affaires européennes à la London School of Economics. Crise ou non, c’est en Angleterre qu’elle a décidé de chercher son premier emploi. Elle sait que le marché du travail est beaucoup plus ouvert qu’en France et que ses études plutôt spécialisées ne devraient pas l’empêcher de trouver des postes assez variés. «Les Anglais ne sont pas très attachés aux intitulés des diplômes, ils s’intéressent beaucoup plus à l’expérience», explique-t-elle.

Un constat que confirme à 100% Clémence de Crécy, une jeune Française qui a créé avec succès sa propre entreprise de relations presse à Londres. «Après un peu moins d’un an d’expérience dans la communication en Angleterre, j’ai postulé pour des postes de chef de projet en France, raconte-t-elle. Mais on ne m’a proposé que des stages ou des postes très juniors, je suis donc restée en Grande-Bretagne, où on m’a donné ma chance.» Comme bien des Français expatriés, cette jeune entrepreneuse déplore le poids des charges salariales et les lourdeurs administratives dans son pays d’origine. «Quand j’ai voulu ouvrir une structure à Paris, en 2009, ça m’a pris trois mois, alors que pour créer mon entreprise en Angleterre, j’avais tout fait sur internet en vingt-quatre heures», témoigne-t-elle. Totalement intégrée dans la vie londonienne, elle n’envisage plus de rentrer en France comme 30% des personnes interrogées dans notre sondage.

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Eric Chemla, chirurgien installé à Londres depuis 2002, est encore plus critique sur les archaïsmes et les lourdeurs du système français. «Je me suis heurté à la politique de nomination dans les hôpitaux français, ça ne marchait que par réseau, connexions et copinage», se souvient-il. Ecœuré par «les vacations payées 11000francs par mois» qu’on lui proposait dans un important hôpital public parisien, à 34 ans, avec une spécialité de chirurgien vasculaire, il a répondu à une offre d’emploi anglaise sur internet. Sélectionné en 2002 «au terme d’une procédure d’embauche très carrée, très transparente», il devient chirurgien au St George’s Hospital, un grand établissement public dans le sud-ouest de la capitale. Neuf ans plus tard, il dirige un tiers des services de l’hôpital, soit plus de 2 000 personnes. «Ils m’ont donné ma chance, et je leur serai reconnaissant à vie», déclare-t-il avec une émotion sincère. Symbole de sa volonté d’intégration, il a acheté une jolie maison dans l’un des très nombreux quartiers résidentiels de la capitale, a pris la nationalité britannique et a inscrit ses trois enfants dans le système scolaire britannique. «Jamais je ne retournerai en France pour travailler. Jamais!» affirme Eric.

«Je suis arrivé en 1991 pour apprendre l’anglais et j’avais l’intention de rester un an», explique Thierry Tomasin avec un bel accent du Sud-Ouest. Vingt ans après avoir démarré comme simple commis serveur, cet ancien joueur de rugby s’est imposé comme l’un des meilleurs sommeliers de Grande-Bretagne et est désormais le patron de son propre restaurant, l’Angélus, qu’il a ouvert en 2007 dans le quartier chic de Bayswater, au nord de Hyde Park. «Je ne pense pas que j’aurais pu faire ça en France, estime-t-il. En Grande-Bretagne, on donne à celui qui en veut et qui travaille dur la possibilité de réussir. En France, il faut attendre que quelqu’un meure ou parte à la retraite pour prendre sa place.» Avec des étincelles dans les yeux, le Gascon qui a grandi à Beaumont-de-Lomagne raconte comment son parcours l’a amené à «servir la reine Elisabeth lors d’un dîner privé» et «à faire la cave personnelle de Brad Pitt».

Et si la majorité des Français sont venus en Angleterre pour des raisons professionnelles, ils sont aussi nombreux à trouver que la qualité de vie peut y être excellente. «Au départ, je n’avais aucune envie de quitter Paris, que j’adorais, explique Charlotte du Jour, illustratrice et mère de trois enfants, qui a dû suivre son mari, J’avais une image terne et triste de Londres, qui s’est révélée complètement fausse. J’apprécie les très nombreux espaces verts, la propreté générale et le fait que les gens sont respectueux, moins agressifs qu’à Paris.» Elle avoue tout de même que l’intégration n’a pas été facile, notamment à cause de son niveau d’anglais, et qu’il lui a fallu deux ans pour apprécier son nouveau lieu de vie.

Même constat pour le rugbyman Serge Betsen, qui a quitté Biarritz en 2008 pour terminer sa brillante carrière au club londonien des Wasps. «J’avais fait le choix de venir en Angleterre à la fois pour découvrir le rugby anglo-saxon et pour apprendre la langue, que je considérais comme indispensable pour préparer mon après-rubgy, explique l’ancien troisième-ligne de l’équipe de France, âgé de 37 ans. Au quotidien, avec ma femme et mes deux enfants, ça n’a pas été évident, et cela nous a demandé beaucoup de détermination et de patience pour nous intégrer.» Attablé à la terrasse ensoleillée d’un café près de son domicile d’Ealing, dans l’ouest de Londres, Serge Betsen paraît désormais heureux, et prend plaisir a dénoncer un cliché tenace. «Tout ce que l’on m’avait dit sur le mauvais temps londonien est faux, s’amuse-t-il. Ici, il pleut beaucoup moins qu’à Biarritz!»

 

Clémence de Crécy

Chef d’entreprise

Après un premier passage en Angleterre en1999, dans le cadre d’études de droit, Clémence de Crécy est rentrée en France pour suivre une formation de marketing. Jeune diplômée, c’est à Londres qu’elle trouve tout de suite un vrai boulot en CDI dans une agence de communication. A seulement 27ans, elle se lance et crée sa propre entreprise de relations presse à Londres, Clémentine Communications, qui emploie désormais huit personnes à Londres et trois à Paris. Clémence est mariée avec un Anglais et mère de deux jeunes enfants.

 

Stephan Caron

Banquier, ancien champion de natation

Malgré son très beau palmarès en natation, avec deux médailles olympiques et un titre de champion d’Europe, Stephan Caron était en fait destiné à la finance. «Depuis que je suis gamin, j’ai toujours rêvé de travailler dans la City», explique-t-il. Il a réussi à mener sa carrière sportive tout en continuant ses études de commerce à Paris, à l’ISG, puis à l’ESCP. Après les Jeux de Barcelone en1992, il commence sa carrière financière dans une grande banque à Paris. Aujourd’hui, à 44ans, il a réalisé son rêve et dirige une équipe de 200personnes au sein d’une grande banque américaine spécialisée dans le financement d’entreprises et de projets industriels.

 

Raphaëlle Khan

Jeune diplômée

Un père d’origine indienne, une mère française, Raphaëlle Khan a fait toute sa scolarité à Paris. Lors de sa troisième année à Sciences Po, elle part à New York: «J’ai beaucoup aimé être expatriée, mais New York m’oppressait et j’avais envie de rentrer en Europe», raconte-t-elle. Elle arrive à Londres à l’automne 2009 dans le cadre d’un double master d’affaires européennes entre Sciences Po et la London School of Economics. La diversité ethnique et culturelle ainsi que le dynamisme de la capitale anglaise ont séduit Raphaëlle, qui cherche son premier emploi à Londres.

 

Thierry Tomasin

Restaurateur, patron de l’Angélus

Originaire de Gascogne, Thierry Tomasin est arrivé à Londres en1991 à l’âge de 20ans pour apprendre l’anglais. Il commence comme simple commis serveur au Gavroche, l’un des meilleurs restaurants de la capitale anglaise, deux étoiles au Guide Michelin. Il travaille dur, et le chef Michel Roux lui confie les clés de sa cave alors qu’il n’a que 21ans. Thierry Tomasin devient un sommelier réputé, élu meilleur ouvrier de Grande-Bretagne en1996. En2007, il ouvre son propre restaurant, l’Angélus, dans un quartier proche de Notting Hill.

 

Charlotte du Jour

Dessinatrice, www.charlottedujour.com

Même si son vrai nom est Charlotte Renon, ses fans, à Londres comme en France, la connaissent sous le nom de Charlotte du Jour, son pseudo sur le blog homonyme qu’elle a lancé en 2008. L’idée était de réaliser un dessin humoristique par jour, sur des thèmes inspirés de son quotidien et de son groupe d’amies de l’école française de Fulham, dans le sud-ouest de Londres. Le succès aidant, avec 90 000 visiteurs l’année dernière, Charlotte du Jour dessine désormais à plein temps pour des clients en Angleterre, en France et dans le mondeentier.

 

Eric Chemla

Chirurgien

«Je suis arrivé à Londres le 30 août 2002», se souvient avec précision Eric Chemla. Avant de se décider à quitter la France, ce chirurgien vasculaire spécialiste de la transplantation ne se voyait proposer que des vacations payées une misère dans un grand hôpital parisien. Neuf ans après avoir traversé la Manche, le chirurgien français a pris du galon et dirige désormais un tiers des services du St George’s Hospital de Londres. Ses trois enfants vont dans une école anglaise, il a pris la nationalité britannique et n’envisage pas de rentrer en France.

Cyrille Vanlerberghe Le Figaro

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