Londres déroule le « tapis rouge » aux start-up françaises!

La capitale britannique est la destination la plus prisée d’Europe pour créateurs d’entreprises spécialisées dans les nouvelles technologies. Les Français sont les premiers séduits.

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Ils sont jeunes, sortent des meilleures écoles de commerce françaises et sont mordus de nouvelles technologies. Ils n’hésitent pas longtemps avant de franchir la Manche. Et Londres leur déroule le «tapis rouge». Après avoir été conquise par les traders français, il y a vingt ans, la capitale britannique s’est entichée des jeunes «geeks» français, qu’ils soient ingénieurs informatiques ou créateurs de start-up. «La réputation des Français à Londres dans la technologie est excellente», confirme Alain Falys, 48 ans, entrepreneur, et «mentor» à Level 39, un nouvel accélérateur de start-up, situé au cœur de Canary Wharf, avec vue imprenable sur la Tamise.

Aucune capitale d’Europe n’abrite aujourd’hui autant «d’incubateurs» et «d’accélérateurs» que Londres. Le maire Boris Johnson veut faire de sa ville «la Sillicon Valley» européenne. Bordant le quartier financier, la «Tech City», qui a vu naître les créateurs de Candy Crush, est aujourd’hui presque aussi célèbre que la «Old City». Installé au cœur de la ville, avec ses bâtiments rouge vif, le «campus Google» a donné un coup de jeune à la capitale britannique.

En quelques années, la ville de Londres a réussi son pari: elle est devenue la plus attractive d’Europe pour les entrepreneurs spécialisés dans les nouvelles technologies. Les jeunes créateurs de start-up françaises qui peinent à lever des fonds à Paris n’ont que la Manche à traverser pour trouver des financiers qui comprennent leur langage, les technologies mobiles et le «big data» et acceptent de prendre des risques. Le gouvernement britannique est aussi très actif, à travers «UK Trade and Investment», une agence mi-publique mi-privée de promotion des investissements étrangers au Royaume-Uni.

Malgré l’austérité budgétaire en vigueur en Grande-Bretagne, le gouvernement britannique conserve une politique fiscale très agressive pour attirer les start-up et aider leur financer: les crédits d’impôts pour business angels sont très généreux (30.000 euros de crédit d’impôt pour 100.000 euros d’investissements) et les taxes sur les plus-values à la revente d’une start-up sont limitées à 10%, contre 40% en France.

Les entrepreneurs français font partie des cibles favorites. D’après l’ambassade de Grande-Bretagne en France, le nombre d’entreprises françaises ayant créé des filiales à Londres est en hausse de 43% entre 2012 et 2013. Les start-up technologiques s’y taillent la part du lion. Ces statistiques n’incluent pas les start-up qui se lancent directement à Londres. «Il y a ici un environnement culturel très favorable, on y trouve les meilleurs développeurs, indispensable pour programmer les applications…», explique Alain Falys, qui vient de lancer une nouvelle start-up, «YoYo», qui permet de payer avec son téléphone portable.

Une aventure qui démarre dans les universités et s’annonce aussi prometteuse que sa première plate-forme de transactions électronique, revendue… 100 millions de livres.

Fort de son expérience, Alain Falys donne -gratuitement- des conseils aux jeunes arrivants, en quête de financement et du bon «business model» pour leur start-up. Lancé en 2013, «Level 39» a sélectionné 60 start-up sur 700 candidats. Ils ont un an pour se lancer dans le grand bain. Le prix est raisonnable: 300 livres par mois pour la location d’un bureau. L’espace de travail est confortable, coloré, avec bonbons et «cookies» à volonté.

«Level 39» est spécialisé dans les start-up financières. Les clients potentiels sont à deux pas: il s’agit des plus grandes banques d’investissements de la City, installées à Canary Wharf. Les investisseurs, qu’il s’agisse des fonds de capital-risque ou de «business angels», sont aussi à leurs pieds. «Quand on veut monter sa société, surtout dans les nouvelles technologies, tout est plus facile à Londres: l’état d’esprit, la fiscalité, le goût du risque, et… la flexibilité du travail», résume Alain Falys. Pour Paris, la bataille semble déjà perdue…

 

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Dominique IAKHLEF
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Exilés fiscaux: «Partir au Royaume-Uni, un choix de vie»

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David Cameron Ray Tang, Rex, Sipa

INTERVIEW – A la suite des déclarations de David Cameron, le Premier ministre britannique, l’avocat Jean-Sébastien Dumont nous explique pourquoi s’implanter outre-manche est dans la logique des choses pour les investisseurs…

Maitre Jean-Sébastien Dumont, spécialiste de la fiscalité des entreprises et de leur implantation à l’étranger, au cabinet d’avocats international Nixon Peabody, n’est pas étonné des déclarations de Cameron qui s’inscrit dans une dynamique qu’il connaît bien.

Pourquoi les entreprises souhaitent s’implanter en Angleterre?

La problématique posée par David Cameron est celle que nous rencontrons avec nos clients, désireux de quitter l’Hexagone. C’est un choix de vie, et pas juste une décision fiscale. S’implanter en Angleterre relève de deux avantages fiscaux. Un, le taux d’imposition sur les sociétés n’est que de 20 % outre-manche contre 33,3 % en France. Deux, le coût des charges sociales qui sont de 15,8 % (13,8 pour les charges patronales, 2 % pour les salariales) en Grande-Bretagne contre 70 % de la rémunération nette en France.

Partir en Angleterre peut-il être un pari risqué?

Un départ se prépare, vous ne déménagez pas le siège de votre entreprise du jour au lendemain d’un pays à un autre. Il faut ainsi bien envisager le transfert, afin de ne pas entraîner un surcoût fiscal – c’est-à-dire la taxation des plus-values liée aux actifs transférés. La Grande-Bretagne attire généralement les entrepreneurs avec des entreprises à croissance et fort potentiel de développement. De plus tous les départs sont définitifs, preuve du peu de risque rencontré.

La taxe sur les dividendes est-elle une goutte d’eau supplémentaire?

Ces 3 % vont essentiellement avoir un impact sur les investisseurs étrangers qui auront encore moins envie de venir sur notre territoire. Cette mesure pousse à ne plus investir. De plus, la perspective d’une nouvelle loi des finances renforce la lassitude des investisseurs et crée un climat d’instabilité fiscale peu propice à la création de valeur.

Propos recueillis par Bertrand de Volontat

Economie: le crunch France-Angleterre

Les deux pays européens appliquent depuis 2010 des politiques diamétralement opposées. Résultat? Avec 2,4% de croissance prévue en 2014, le Royaume-Uni bat le 0,9% de la France.

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Macroéconomie

Le «crunch» qui oppose l’équipe de rugby d’Angleterre à celle de la France s’est terminé cette année par la victoire à l’arraché des Bleus. De quoi consoler les Français. Parce que sur le terrain économique, c’est le contraire. La politique appliquée par David Cameron depuis 2010 fait sortir le Royaume-Uni de la récession plus vite et plus fort, non seulement que la France mais que n’importe quel pays européen, Allemagne comprise.

Le Fonds monétaire international vient de relever ses prévisions de croissance pour 2014 à 2,4% pour la Grande-Bretagne. Elles restent à 0,9% pour la France, après 0,3% en 2013 quand le royaume gagnait, lui, déjà 1,7% (0,5% pour l’Allemagne en 2013 et 1,6% en 2014).

Plus impactée par la crise financière de 2008 à cause de ses banques, la Grande-Bretagne redécolle. Son taux de chômage est attendu à moins de 7% cette année quand celui de la France est à 11% sans que la fameuse «inversion de la courbe» ne se dessine. Le Trésor britannique compte sur un excédent budgétaire en 2017 alors que les espoirs de Paris de revenir à l’équilibre à cette date ont été abandonnés.

Le coup dans l’eau de la dévaluation

Est-ce parce que la Grande-Bretagne applique les mêmes recettes de dévaluation compétitive et d’argent bon marché que les Etats-Unis? S’il est exact que la livre sterling s’est dévaluée de 25% entre la fin 2007 et 2009, cela n’a eu aucun effet. Comme celle de la France, la balance commerciale britannique est restée lourdement déficitaire (-29,9  milliards de livres en 2013).

La part de l’industrie (10% du PIB) dans les exportations britanniques est bien plus faible que celle des services. Or ces derniers sont moins sensibles aux fluctuations de prix. «D’autant que les entreprises anglaises en ont profité pour augmenter leurs marges», explique Janet Henry, la cheffe économiste d’HSBC pour l’Europe. Au final, la dévaluation de la livre a surtout eu pour effet de nourrir l’inflation, celle-ci atteignant 5% en septembre 2011 avant de revenir à 2% aujourd’hui.

En ce qui concerne la France, la prétendue force de l’euro, tant critiquée par le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, est très relative. Les deux tiers du déficit commercial du pays (61 milliards d’euros en 2013) se font avec des pays de la zone euro… Si une baisse de la monnaie unique aurait sans doute un effet pour l’Italie et l’Espagne, les difficultés de la France viennent d’ailleurs.

Faut-il les chercher du côté des politiques monétaires? Comme la Fed américaine et la Banque centrale européenne (BCE), la Bank of England (BoE) pratique depuis 2008 une politique de taux bas (0,5% pour la BOE et 0,25% pour la BCE) et de création monétaire, avec pour résultat l’explosion de leur bilan.

Il y a cependant d’importantes différences. L’assouplissement quantitatif de la Fed aboutit à des achats massifs d’obligations du Trésor et de créances hypothécaires. La BCE achète, elle, beaucoup moins de titres d’Etat. Comme l’observe Patrick Artus, l’économiste
en chef de la Banque Natixis, dans Les Echos, «la politique de la BCE a surtout servi à accroître la liquidité des banques. Mais, dans une situation où le secteur privé veut se désendetter, cela ne conduit qu’à une hausse des réserves excédentaires des banques
et pas à une reprise du crédit.»

Face à cela, la Banque d’Angleterre a adopté une attitude intermédiaire. Elle a commencé par acheter massivement de la dette publique (375  milliards de livres) avant de stopper cette politique l’an dernier. Surtout, elle a pris des mesures pour imposer que ce qu’elle prête aux banques ne finisse pas comme aux Etats-Unis sur les marchés financiers ou en Europe aux bilans des banques. Son programme «Funding for lending» a permis jusqu’à fin 2013 aux Britanniques de consommer et, dans une moindre mesure, aux entreprises d’investir.

De son côté, le programme «Help to buy» du gouvernement a maintenu à flot le marché immobilier sans pour autant que l’endettement privé n’atteigne les excès passés. La dette des ménages est passée de 163% des revenus disponibles en début 2009 à 136% à mi-2013. Janet Henry observe qu’«en France les banques ne manquent pas de fonds à prêter mais font face à une insuffisance de la demande».

Si, dans les deux cas, les politiques monétaires ont permis d’atténuer les conséquences de la crise financière puis celle de l’euro, elles n’expliquent guère la vigueur de la reprise britannique ni la stagnation de la France. Des choix de politiques budgétaires diamétralement opposés seraient-ils alors à l’origine de la divergence? En partie, mais en partie seulement.

Une divergence fiscale radicale

Jusqu’au récent virage vers une politique de l’offre, les gouvernements français de Nicolas Sarkozy puis de François Hollande ont mené une politique keynésienne. L’augmentation du déficit public a visé à compenser la faiblesse de la demande. Mais cela a un prix que François Hollande a négligé en déclarant que «son ennemi était la finance». Ce sont les investisseurs internationaux qui achètent l’essentiel de cette dette supplémentaire. Sur fond de crise de la zone euro, le gouvernement français n’a réussi qu’à augmenter les impôts pour les rassurer et continuer d’emprunter à bon marché. Jusqu’au ras-le-bol fiscal de l’été dernier.

Le gouvernement britannique, dont le déficit a été bien plus prononcé – jusqu’à 11,3% du PIB avant de le réduire à 6% l’an dernier – a aussi fait le choix d’augmenter l’endettement public (à un peu plus de 90% du PIB comme la France) pour parer à l’urgence de la crise. Mais il sort très différemment de cette situation.

Dès leur arrivée au pouvoir, le premier ministre David Cameron et son ministre des Finances George Osborne n’augmentent qu’un impôt: la TVA de 2,5%. L’essentiel de la réduction du déficit (75%) passe par des coupes dans les dépenses
de l’Etat. Elles diminuent de 47,7% du PIB en 2009 à 43,1% l’an dernier. En trois ans, un demi-million de fonctionnaires britanniques y perdront leur job. La France, dont la part des dépenses publiques dans le PIB est passée de 53,3 à 57% entre 2008 et 2013, vient de reconnaître son erreur sur ce terrain. Elle annonce 50 milliards d’euros d’économies sur trois ans.

C’est qu’entre-temps et contrairement aux prédictions keynésiennes françaises, l’austérité n’a absolument pas provoqué d’explosion du chômage en Grande-Bretagne. «Le marché du travail privé a absorbé les coupes de la fonction publique», observe Janet Henry. On en arrive là aux véritables raisons qui font qu’aujourd’hui le Royaume-Uni rebondit quand la France s’enlise.

Les meilleurs amis du business

Déjà «business friendly», Londres a choisi de le devenir plus encore. Au contraire de Paris, où pas moins de sept ministres de l’Economie successifs ont réussi à épouvanter les entreprises. A ce niveau microéconomique, l’expérience d’un entrepreneur, Arnaud Bertrand, fondateur de HouseTrip, un site de location en ligne d’appartements, est plus éclairante que les analyses des économistes. D’autant plus que ce Français, passé par l’Ecole hôtelière de Lausanne, a installé sa boîte à Londres où il emploie 200   personnes.

HouseTrip appartient à un domaine d’activité qui explose actuellement: la «sharing economy». De même qu’Uber permet aux particuliers de transporter des passagers dans leur voiture, son site leur facilite la location d’appartements. Evidemment, le succès de ces modèles d’affaires le fait entrer en concurrence frontale avec des professions établies comme les taxis et les hôtels, beaucoup plus chers. Du coup, les gouvernements se saisissent de la question. Mais de manière très différente et très symptomatique des deux côtés de la Manche.

En France, Arnaud Bertrand a découvert l’an dernier la loi Duflot, du nom de la ministre du Logement. En substance, elle interdit aux propriétaires de louer leur pied-à-terre ou leur résidence secondaire dans les villes de plus de
200  000 habitants comme Nice ou Paris. Comme cela impacte directement l’activité de HouseTrip, il a tenté de dialoguer avec le ministère «sur une aberration qui force des milliers de logements à rester vide». C’était peine perdue avec des énarques qui, pour éviter la concurrence des particuliers aux taxis, ont été jusqu’à leur imposer un délai de quinze  minutes avant de charger un passager…

A l’inverse, le gouvernement britannique a organisé une rencontre au 10 Downing Street en janvier dernier avec les acteurs de la «sharing economy». A sa grande surprise, Arnaud Bertrand a entendu le ministre des Finances George Osborne expliquer qu’en substance son gouvernement considère que l’économie collaborative est une formidable opportunité de croissance. «Il nous a dit: donnez-nous la liste de tout ce que nous pouvons faire pour vous aider», explique l’entrepreneur. Le gouvernement britannique a ensuite mis sur pied un groupe de législateurs dédiés pour mettre en place les propositions.

Plus encore que les politiques budgétaires ou monétaires, cette différence d’attitude vis-à-vis des entrepreneurs explique celles de dynamique économique qui se sont mises en place des deux côtés de la Manche. Côté britannique, on ne compte plus les mesures: visa spécial pour les entrepreneurs, support dédié aux Future 50, soit les cinquante sociétés qui ont le plus de chances de s’introduire en bourse à court terme, crédits d’impôt et fonds pour les 3800 start-up de la Tech City de Londres et leurs 48  000 emplois.

«C’est comme si David Cameron faisait des start-up ce que la finance a été pour Margaret Thatcher, afin de rediversifier l’économie», observe Loïc Dumas, fondateur de FrogValley, le blog des entrepreneurs francophones à Londres. Le site Escape the City en a même fait un business qui offre des jobs dans les start-up aux banquiers.

L’épouvantail à pigeons

A l’inverse, en France, on a multiplié les messages dissuasifs, de l’interdiction du rachat de Dailymotion par Yahoo! au Mouvement des pigeons en passant par l’épouvantail de la taxe à 75%. Du coup, alors même que «la France produit régulièrement des start-up à un milliard comme Criteo ou Deezer», selon le blogueur britannique installé à Paris Liam Boogar (rudebaguette.com), elle s’est débrouillée pour se donner l’image d’un pays hostile au business. Un handicap qui s’ajoute à la longue liste que nous présentions il y a trois ans dans notre dossier «Pourquoi la France est nulle»: charges sociales élevées, code du travail rigide, lourdeurs administratives…

Le résultat de cette communication brouillonne est déjà perceptible. Il y a peu, les politiciens français avec qui on discutait des difficultés économiques du pays répondaient systématiquement que cela ne doit pas être si terrible puisque la France continue d’attirer massivement les investissements directs étrangers. Ce n’est plus le cas. Ils se sont effondrés de 77% l’an dernier pour atteindre 5,7 milliards de dollars (contre 53 milliards au Royaume-Uni) selon le rapport préliminaire de la CNUCED. François Hollande
a reçu les doléances des patrons étrangers à la fin janvier. Mais que pèsent ses bonnes paroles quand le gouvernement britannique diminue les impôts sur les entreprises de 28 à 20%?

Certes, avec le pacte de responsabilité annoncé récemment, la France amorce un virage. Il paraît insuffisant pour rattraper le Royaume-Uni. D’autant plus qu’il reste à démontrer que les 5% de baisses de charges annoncées pourront être financées. Faute de quoi ce serait la politique familiale de l’Hexagone qui serait torpillée. Et, au-delà, sa démographie, soit l’un de ses derniers atouts.

De son côté, la Grande-Bretagne doit encore confirmer que son climat «business friendly» rallume bien cette année le moteur de l’investissement pour relayer une consommation épuisée. Le rattrapage de compétitivité britannique s’est aussi fait au prix d’une forte inflation qui a entraîné une diminution de l’ordre de 5% des revenus réels depuis 2008.

Mais si les entreprises investissent, on constatera que les sacrifices brutaux du Quinze de la Rose sont, en définitive, plus payants que l’interminable supplice des Bleus.

Heureux comme un Français à Londres

Ils ont fait leur vie dans la capitale britannique, apprécient son dynamisme économique et sa qualité de vie. Ils témoignent.

«Londres est désormais la sixième ville de France», s’était amusé Nicolas Sarkozy à l’occasion de sa visite d’Etat en Grande-Bretagne en 2008. Avec une population estimée entre 300.000 et 400.000 personnes, la communauté française est devenue en quelques années l’une des plus importantes minorités étrangères de la capitale britannique. En dépit de la crise financière qui a ébranlé la City et durement touché l’économie du royaume, Londres semble attirer toujours autant les Français, qui sont de plus en plus nombreux à monter dans l’Eurostar pour traverser la Manche. «Nous n’avons enregistré aucune baisse du nombre d’inscrits sur nos listes pendant et après la crise», assure Edouard Braine, consul général de France à Londres, dont les bureaux sont installés à South Kensington, le quartier au cœur de la vie tricolore, avec ses cafés et librairies françaises fièrement installés autour du lycée Charles-de-Gaulle.

Malgré le départ de nombreux Français après la chute brutale de Lehman Brothers, fin 2008, les nouveaux arrivants ont plus que compensé les départs. Finalement, la crise n’a pas fondamentalement remis en cause les raisons de la formidable attractivité de la capitale anglaise: une ville qui bouge, ouverte sur le monde et dotée d’un marché du travail hyperflexible.«On a ici l’opportunité unique de pouvoir travailler avec tous les pays et toute l’Europe de la finance», apprécie Laurent Féniou, élégant banquier dans la très discrète banque d’affaires Rothschild, qui a trouvé à Londres la carrière internationale dont il avait toujours rêvé depuis son enfance à Narbonne. Pour Stephan Caron, ancien champion de natation qui a parfaitement réussi sa reconversion professionnelle dans la finance après les JO de Barcelone, s’installer à Londres fut presque une évidence: «J’ai travaillé au départ dans quelques banques à Paris, mais c’est encore loin du niveau de la City, explique-t-il. C’est aussi beaucoup plus facile de travailler ici, car les Anglo-Saxons sont beaucoup plus décomplexés par rapport à l’argent.» Il tient en revanche à infirmer l’idée fausse selon laquelle on paie moins d’impôts en Angleterre qu’en France. Avec l’absence de quotient familial et un taux d’imposition sur le revenu de 50% pour les plus riches, de nombreuses familles françaises paient des impôts plus lourds en Grande-Bretagne.

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Mais si la City joue encore un rôle majeur dans l’économie britannique, l’attractivité de Londres dépasse de loin le seul domaine de la finance. «A Londres, on a toujours l’impression que quelque chose va se passer et qu’on va être surpris. On y trouve la diversité et la richesse ethniques, culturelles et intellectuelles de New York, mais tout en étant à proximité de l’Europe», apprécie Raphaëlle Khan, jeune étudiante parisienne de 24 ans, qui vient de finir son master d’affaires européennes à la London School of Economics. Crise ou non, c’est en Angleterre qu’elle a décidé de chercher son premier emploi. Elle sait que le marché du travail est beaucoup plus ouvert qu’en France et que ses études plutôt spécialisées ne devraient pas l’empêcher de trouver des postes assez variés. «Les Anglais ne sont pas très attachés aux intitulés des diplômes, ils s’intéressent beaucoup plus à l’expérience», explique-t-elle.

Un constat que confirme à 100% Clémence de Crécy, une jeune Française qui a créé avec succès sa propre entreprise de relations presse à Londres. «Après un peu moins d’un an d’expérience dans la communication en Angleterre, j’ai postulé pour des postes de chef de projet en France, raconte-t-elle. Mais on ne m’a proposé que des stages ou des postes très juniors, je suis donc restée en Grande-Bretagne, où on m’a donné ma chance.» Comme bien des Français expatriés, cette jeune entrepreneuse déplore le poids des charges salariales et les lourdeurs administratives dans son pays d’origine. «Quand j’ai voulu ouvrir une structure à Paris, en 2009, ça m’a pris trois mois, alors que pour créer mon entreprise en Angleterre, j’avais tout fait sur internet en vingt-quatre heures», témoigne-t-elle. Totalement intégrée dans la vie londonienne, elle n’envisage plus de rentrer en France comme 30% des personnes interrogées dans notre sondage.

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Eric Chemla, chirurgien installé à Londres depuis 2002, est encore plus critique sur les archaïsmes et les lourdeurs du système français. «Je me suis heurté à la politique de nomination dans les hôpitaux français, ça ne marchait que par réseau, connexions et copinage», se souvient-il. Ecœuré par «les vacations payées 11000francs par mois» qu’on lui proposait dans un important hôpital public parisien, à 34 ans, avec une spécialité de chirurgien vasculaire, il a répondu à une offre d’emploi anglaise sur internet. Sélectionné en 2002 «au terme d’une procédure d’embauche très carrée, très transparente», il devient chirurgien au St George’s Hospital, un grand établissement public dans le sud-ouest de la capitale. Neuf ans plus tard, il dirige un tiers des services de l’hôpital, soit plus de 2 000 personnes. «Ils m’ont donné ma chance, et je leur serai reconnaissant à vie», déclare-t-il avec une émotion sincère. Symbole de sa volonté d’intégration, il a acheté une jolie maison dans l’un des très nombreux quartiers résidentiels de la capitale, a pris la nationalité britannique et a inscrit ses trois enfants dans le système scolaire britannique. «Jamais je ne retournerai en France pour travailler. Jamais!» affirme Eric.

«Je suis arrivé en 1991 pour apprendre l’anglais et j’avais l’intention de rester un an», explique Thierry Tomasin avec un bel accent du Sud-Ouest. Vingt ans après avoir démarré comme simple commis serveur, cet ancien joueur de rugby s’est imposé comme l’un des meilleurs sommeliers de Grande-Bretagne et est désormais le patron de son propre restaurant, l’Angélus, qu’il a ouvert en 2007 dans le quartier chic de Bayswater, au nord de Hyde Park. «Je ne pense pas que j’aurais pu faire ça en France, estime-t-il. En Grande-Bretagne, on donne à celui qui en veut et qui travaille dur la possibilité de réussir. En France, il faut attendre que quelqu’un meure ou parte à la retraite pour prendre sa place.» Avec des étincelles dans les yeux, le Gascon qui a grandi à Beaumont-de-Lomagne raconte comment son parcours l’a amené à «servir la reine Elisabeth lors d’un dîner privé» et «à faire la cave personnelle de Brad Pitt».

Et si la majorité des Français sont venus en Angleterre pour des raisons professionnelles, ils sont aussi nombreux à trouver que la qualité de vie peut y être excellente. «Au départ, je n’avais aucune envie de quitter Paris, que j’adorais, explique Charlotte du Jour, illustratrice et mère de trois enfants, qui a dû suivre son mari, J’avais une image terne et triste de Londres, qui s’est révélée complètement fausse. J’apprécie les très nombreux espaces verts, la propreté générale et le fait que les gens sont respectueux, moins agressifs qu’à Paris.» Elle avoue tout de même que l’intégration n’a pas été facile, notamment à cause de son niveau d’anglais, et qu’il lui a fallu deux ans pour apprécier son nouveau lieu de vie.

Même constat pour le rugbyman Serge Betsen, qui a quitté Biarritz en 2008 pour terminer sa brillante carrière au club londonien des Wasps. «J’avais fait le choix de venir en Angleterre à la fois pour découvrir le rugby anglo-saxon et pour apprendre la langue, que je considérais comme indispensable pour préparer mon après-rubgy, explique l’ancien troisième-ligne de l’équipe de France, âgé de 37 ans. Au quotidien, avec ma femme et mes deux enfants, ça n’a pas été évident, et cela nous a demandé beaucoup de détermination et de patience pour nous intégrer.» Attablé à la terrasse ensoleillée d’un café près de son domicile d’Ealing, dans l’ouest de Londres, Serge Betsen paraît désormais heureux, et prend plaisir a dénoncer un cliché tenace. «Tout ce que l’on m’avait dit sur le mauvais temps londonien est faux, s’amuse-t-il. Ici, il pleut beaucoup moins qu’à Biarritz!»

 

Clémence de Crécy

Chef d’entreprise

Après un premier passage en Angleterre en1999, dans le cadre d’études de droit, Clémence de Crécy est rentrée en France pour suivre une formation de marketing. Jeune diplômée, c’est à Londres qu’elle trouve tout de suite un vrai boulot en CDI dans une agence de communication. A seulement 27ans, elle se lance et crée sa propre entreprise de relations presse à Londres, Clémentine Communications, qui emploie désormais huit personnes à Londres et trois à Paris. Clémence est mariée avec un Anglais et mère de deux jeunes enfants.

 

Stephan Caron

Banquier, ancien champion de natation

Malgré son très beau palmarès en natation, avec deux médailles olympiques et un titre de champion d’Europe, Stephan Caron était en fait destiné à la finance. «Depuis que je suis gamin, j’ai toujours rêvé de travailler dans la City», explique-t-il. Il a réussi à mener sa carrière sportive tout en continuant ses études de commerce à Paris, à l’ISG, puis à l’ESCP. Après les Jeux de Barcelone en1992, il commence sa carrière financière dans une grande banque à Paris. Aujourd’hui, à 44ans, il a réalisé son rêve et dirige une équipe de 200personnes au sein d’une grande banque américaine spécialisée dans le financement d’entreprises et de projets industriels.

 

Raphaëlle Khan

Jeune diplômée

Un père d’origine indienne, une mère française, Raphaëlle Khan a fait toute sa scolarité à Paris. Lors de sa troisième année à Sciences Po, elle part à New York: «J’ai beaucoup aimé être expatriée, mais New York m’oppressait et j’avais envie de rentrer en Europe», raconte-t-elle. Elle arrive à Londres à l’automne 2009 dans le cadre d’un double master d’affaires européennes entre Sciences Po et la London School of Economics. La diversité ethnique et culturelle ainsi que le dynamisme de la capitale anglaise ont séduit Raphaëlle, qui cherche son premier emploi à Londres.

 

Thierry Tomasin

Restaurateur, patron de l’Angélus

Originaire de Gascogne, Thierry Tomasin est arrivé à Londres en1991 à l’âge de 20ans pour apprendre l’anglais. Il commence comme simple commis serveur au Gavroche, l’un des meilleurs restaurants de la capitale anglaise, deux étoiles au Guide Michelin. Il travaille dur, et le chef Michel Roux lui confie les clés de sa cave alors qu’il n’a que 21ans. Thierry Tomasin devient un sommelier réputé, élu meilleur ouvrier de Grande-Bretagne en1996. En2007, il ouvre son propre restaurant, l’Angélus, dans un quartier proche de Notting Hill.

 

Charlotte du Jour

Dessinatrice, www.charlottedujour.com

Même si son vrai nom est Charlotte Renon, ses fans, à Londres comme en France, la connaissent sous le nom de Charlotte du Jour, son pseudo sur le blog homonyme qu’elle a lancé en 2008. L’idée était de réaliser un dessin humoristique par jour, sur des thèmes inspirés de son quotidien et de son groupe d’amies de l’école française de Fulham, dans le sud-ouest de Londres. Le succès aidant, avec 90 000 visiteurs l’année dernière, Charlotte du Jour dessine désormais à plein temps pour des clients en Angleterre, en France et dans le mondeentier.

 

Eric Chemla

Chirurgien

«Je suis arrivé à Londres le 30 août 2002», se souvient avec précision Eric Chemla. Avant de se décider à quitter la France, ce chirurgien vasculaire spécialiste de la transplantation ne se voyait proposer que des vacations payées une misère dans un grand hôpital parisien. Neuf ans après avoir traversé la Manche, le chirurgien français a pris du galon et dirige désormais un tiers des services du St George’s Hospital de Londres. Ses trois enfants vont dans une école anglaise, il a pris la nationalité britannique et n’envisage pas de rentrer en France.

Cyrille Vanlerberghe Le Figaro

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