Quand Londres drague les start-up françaises

 
En décembre 2012, le gouvernement de David Cameron a promis 50 millions de livres (59 millions d'euros) pour redynamiser la quartier londonien de Tech City.

La plaquette est posée avec la presse du jour, à l’entrée du salon VIP de la gare internationale de Saint Pancras. « Implanter son entreprise au Royaume-Uni » c’est bénéficier d’une « culture des affaires », d’un « environnement économique stable », et d’une « fiscalité attractive », peuvent lire sur le prospectus les Français de passage à Londres.

Depuis quelques années, le gouvernement britannique ne lésine pas pour attirer les start-up hexagonales. Ce n’est pas que du marketing : l’United Kingdom Trade & Investment (UKTI), l’agence chargée d’encourager les investissements, dispose d’une trentaine de salariés de notre côté de la Manche. « Nous répondons aux Français qui nous posent des questions sur Londres et le Royaume-Uni, mais nous sommes également proactifs », explique Hervé Grella, le responsable marketing de UKTI France. « Un jour, j’ai reçu un e-mail me présentant tous les avantages de Londres, en particulier la politique d’exonération de charges sociales et fiscales », raconte Frank Rosset, la patron de Tuto4Pc, un éditeur de logicel de publicité en ligne. Mais « la démarche est courante, l’Autriche fait pareil », relativise l’entrepreneur parisien.

REPÈRER LES START-UP « EN FORTE CROISSANCE »

Chez UKTI, M. Grella explique repèrer les start-up « en forte croissance, assez solides pour l’international », et leur proposer ses services pour accélérer une éventuelle implantation à Londres. Il organise même des visites sur place. « C’est du sur-mesure. Par exemple, lundi, nous emmenons un patron de start-up rencontrer un avocat, un expert-comptable et un agent immobilier », énumère M. Grella.

Son argument favori, c’est l’écolosion de « Tech City ». Un quartier londonien plutôt bohême, situé à quelques encablures de la City – la vraie, celles des financiers, et à deux stations de métro de l’Eurostar. En décembre 2012, le gouvernement de David Cameron a promis 50 millions de livres (59 millions d’euros) pour redynamiser la zone.

Depuis 2009, Tech City est en vogue. Les jeunes pousses y trouvent des loyers raisonnables, des incubateurs et des grands groupes Internet américains, comme Facebook. « A cause de la forte concentration d’investisseurs, et de la langue « , Victor Henning, le cofondateur de Mendeley, un réseau social pour chercheurs, a quitté Berlin pour Tech City. Son cas n’est pas isolé. « En 2011, à mon arrivée, la densité de start-up n’était pas assez élevée. Cela a changé, même s’il reste du chemin », constate Eze Vidka, responsable du Google Campus, endroit où les entrepreneurs se rencontrent autour d’un café.

La plupart du temps, on y trouve quelques Français. « Dans le quartier, j’ai rencontré une petite vingtaine d’entreprises tenues par des Français, mais je ne les connais pas toutes », affirme Benjamin Southworth, le directeur général délégué de Tech City. « On n’a pas de données sur le nombre de start-up présentes », avoue-t-il.

Avec sa fière barbe rousse, Benjamin vante les mérites de l’innovation à l’anglaise. « Ici, on n’essaie pas de tout contrôler. Le gouvernement n’est pas le mieux placé pour aider les start-up. Il doit juste leur créer un terrain favorable », lance celui qui s’avoue « motivé » par la compétition qui règne entre Londres, Paris et Berlin. En jeu ? Le titre de capitale européenne du numérique.

Julien Dupont-Calbo Le Monde

Pour créer votre société en Angleterre contactez-moi:
Dominique Iakhlef

Avec l’exil fiscal, la France perd des emplois

Si l'on sait que de nombreux entrepreneurs partent s'installer à l'étranger (ci-dessus: Londres), des statistiques officielles, récentes et complètes font défaut.

Si l’on sait que de nombreux entrepreneurs partent s’installer à l’étranger (ci-dessus: Londres), des statistiques officielles, récentes et complètes font défaut. Crédits photo : © Luke MacGregor / Reuters

Selon la fondation Concorde, le départ de plusieurs milliers d’entrepreneurs aurait fait perdre un million d’emplois directs en vingt ans. C’est un chiffre choc à l’heure où le débat fait rage sur la taxation des hauts revenus. Selon une étude de la fondation Concorde, la France a perdu pas moins d’un million d’emplois directs en vingt ans du fait de l’exil fiscal. Le think-tank libéral fondé après les législatives de 1997 part du constat que 3% des 2 millions d’expatriés français sont des chefs d’entreprise de plus de 10 salariés. Si ces entrepreneurs n’avaient pas fui l’Hexagone, la France compterait 60.000 sociétés de plus employant 70 salariés. Mais celles des expatriés sont plus jeunes, l’exil ayant débuté il y a vingt ans. La fondation fait donc l’hypothèse que ces sociétés «perdues pour la France» auraient deux fois moins d’effectif. Soit 35 salariés par tête et donc un résultat de 2,1 millions d’emplois perdus. Comme ces entreprises n’auraient pas pu naître en France ni s’y développer, la fondation divise à nouveau le chiffre par deux. D’où l’estimation finale d’un million d’emplois perdus sur vingt ans à cause de l’exil fiscal.

Outre ce chiffre, l’étude de la fondation Concorde reprend une série d’indicateurs qui montrent bien une accélération des exils fiscaux depuis un an: hausse de 40% à 75% des mises en vente de biens immobiliers de plus de 1,5 million d’euros à Paris et à Neuilly-sur-Seine, accélération de l’émigration vers le Québec, rumeurs de départs d’équipes dirigeantes…

Questionnaire d’avocats

Reste que ces données sont empiriques. Sur le sujet, le manque de statistiques officielles, récentes et complètes, est criant. Gilles Carrez, le président UMP de la commission des finances à l’Assemblée, à qui sera présentée ce lundi cette étude, en fait son cheval de bataille. Il a demandé à Bercy de lui fournir des données. Mais pour l’instant, il n’a obtenu que celles de l’exit tax. Résultat? 250 redevables de ce nouvel impôt sur les plus-values latentes ont quitté la France entre mars 2011, date de son instauration, et décembre 2012. Mais pour être redevable de ce nouveau prélèvement, il faut détenir 1,3 million d’euros d’actions. Nombre d’exilés n’atteignant pas ce seuil, ils échappent donc au radar de Bercy.

Quant aux statistiques sur les redevables à l’ISF quittant la France, elles ne pointent que 717 départs en… 2010 mais ne disent rien d’une éventuelle accélération des exils depuis l’élection de François Hollande. «Je compte relancer le ministère. Pour avoir des débats constructifs, il est indispensable de mesurer le phénomène», souligne Gilles Carrez. L’élu regarde également avec intérêt l’initiative lancée par le «Think-tank des cabinets d’avocats» (TTCA), un groupe de professionnels de grands cabinets qui a envoyé un questionnaire à des fiscalistes français et étrangers, des banquiers, des notaires… Sa demande, dont les résultats sont attendus pour fin avril? Noter les transferts de dirigeants, les délocalisations de patrimoines, les refus de venir en France.

Philippe Marini, le président UMP de la commission des finances du Sénat, s’est lui aussi lancé dans la bataille. Il vient de demander à Bercy les données sur les départs à l’étranger des redevables à l’impôt sur le revenu, avec une ventilation par tranche du barème et pays de destination. De quoi se rapprocher là encore un peu plus de la vérité…

Pour créer votre société en Angleterre contactez-moi:
Dominique Iakhlef

«La France risque d’attirer moins de talents et de décourager les investisseurs»

INTERVIEW – Pour Jean-Yves Mercier, avocat associé chez CMS Bureau Francis Lefebvre, avec la taxe à 75%, les entreprises risquent également de choisir «des sociétés prestataires de services établie hors de France».

 

Jean-Yves Mercier,.

Jean-Yves Mercier,.

LE FIGARO. – Faire payer ainsi les entreprises sur les hauts salaires, est-ce une première?

Jean-Yves MERCIER * –  Non, en 2010 les banques avaient dû payer une taxe exceptionnelle de 50% sur les bonus dépassant 27.500 euros. Mais la nouvelle taxe détonne, rien de tel n’existe chez nos voisins.

Que vont faire les entreprises?

Cette taxe n’est pas une surprise, elle faisait partie des solutions préconisées par le Conseil d’État et, depuis des mois, les entreprises se préparent à une taxation des hauts salaires. Certaines se sont déjà organisées en délocalisant des collaborateurs ou des services dont l’activité est centrée sur l’étranger. Il faut que ce déplacement soit justifié par la réalité économique. C’est le cas par exemple pour un directeur export qui passe la moitié de son temps en Asie, mais une délocalisation ne peut pas être envisagée pour tous les collaborateurs. Les entreprises vont s’efforcer d’atténuer le coût d’une telle mesure, tâche qui ne sera pas facile. Leur première réaction sera très probablement de différer les recrutements de hauts salaires.

En faisant une croix sur des recrutements?

Les recrutements de talents à plus d’un million d’euros par an vont se réduire. Et pour ceux qui subsisteront, les groupes vont chercher des solutions alternatives. Une entreprise qui veut embaucher un designer pourra par exemple préférer que le service lui soit rendu par une société prestataire de services établie hors de France. Elle évitera alors de débourser 50 % de taxe en plus des 25 % de cotisations sociales qu’elle supporte déjà.

Quelles autres solutionssont possibles?

On peut aussi imaginer l’accentuation des différés de rémunération, puisque la taxe est temporaire. En tout cas, cela va embarrasser les états-majors et réduire les marges de manœuvre des entreprises.

Y aura-t-il un effet boomerang?

La taxe rapportera beaucoup plus que le système imaginé l’an dernier. Mais elle est peu rationnelle et elle pourrait peser sur la compétitivité de la France, notamment à l’égard des investisseurs étrangers. Cette mesure est un symbole politique donnant l’impression que la France et ses entreprises n’ont pas besoin des hauts potentiels.

* Avocat associé chez CMS Bureau Francis Lefebvre. 

Le Figaro

Pour créer votre société en Angleterre contactez-moi:
Dominique Iakhlef
%d blogueurs aiment cette page :