Le Royaume-Uni a-t-il déjà quitté l’UE sans que personne ne s’en rende compte ?

Le Royaume-Uni multiplie les signaux négatifs à l’égard de l’Union européenne depuis le début de l’année. Après avoir annoncé que son pays pourrait organiser un référendum sur la « relation » qui le lie à l’UE en juillet 2012, David Cameron refuse toute négociation sur l’augmentation du budget européen. Un retrait de la coopération européenne judiciaire a été annoncé. Et si la crise occupait trop les esprits pour se rendre compte que les Britanniques étaient déjà sortis de l’UE?

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Atlantico : Le Royaume-Uni est-il déjà sorti de l’Union européenne, de fait, sans que personne ne s’en rendre compte ?

Philippe Moreau Defarges : Non, c’est faux. Premièrement, le pays reste membre de l’Union européenne légalement. Pour le moment il en accepte non sans mal les obligations avec beaucoup réticences, mais il reste une île au large du continent européen et il est très clairement ancré en Europe. Un État ne peut pas bouger son territoire, la géographie contraint donc le Royaume-Uni.

Deuxièmement, le Royaume-Uni est lié à l’UE par beaucoup d’intérêts. Beaucoup de banques britanniques sont présentes en Europe et aujourd’hui, plus de la moitié des exportations du pays sont à destination de l’UE. Beaucoup de Britanniques vivent en France, et  à l’inverse beaucoup de Français travaillent sur le territoire de ces derniers. Tous ces éléments lient le Royaume-Uni à ses voisins européens.

Bruno Bernard : La question de l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne est le « marronnier » de la politique britannique. Déjà en 1974 le parti travailliste promettait un référendum sur le sujet et en 1975, 67% des sujets de sa Majesté votaient en faveur du statu quo. Depuis 1973, l’appartenance à l’Union européenne n’a cessé de diviser le parti conservateur. En 2009, le Traité de Lisbonne étant déjà ratifié par les autres Etats membres, David Cameron doit renoncer à tenir un référendum dessus mais promet que s’il est élu aucune compétence supplémentaire ne pourra être transférée sans approbation populaire.

En 2011, une pétition qui demande l’organisation d’une consultation référendaire signée par 100 000 personnes est remise au Premier ministre. Et enfin le 24 octobre de la même année une motion appelant à cette consultation est repoussée par 483 votes contre 111 constituant la plus importante rébellion au sein du parti conservateur sur le sujet.

Enfin le 1er octobre dernier David Cameron a réaffirmé que « l’intérêt de la Grande-Bretagne n’est pas de quitter l’Union européenne » mais il a bien précisé dans la foulée qu’il faudra revoir les relations qui lient son pays à l’Union d’ici à 2014. Ainsi, si la Grande-Bretagne réfléchit sérieusement à son avenir au sein de l’Union européenne, on ne peut pas dire qu’elle en soit déjà sortie.

Peut-on donc dire que le Royaume-Uni prépare sa sortie de l’Union européenne, et quel serait l’intérêt d’une telle démarche?

Philippe Moreau Defarges : Même s’il y a beaucoup de bruit autour de son éventuel départ de l’Union, et ce qui n’est pas impossible, tous ses intérêts l’accrochent à l’UE. Si le peuple britannique veut quitter l’UE, il ne le pourra qu’après une longue procédure.

L’euroscepticisme qui règne dans le pays n’est pas nouveau. Il est peut-être plus fort qu’il y a cinq à dix ans, mais les Britanniques n’ont jamais été très enthousiastes à l’égard de l’UE, ils restent un peu dans leur position. Mais même si cette opinion est très réservée à l’égard des engagements européens, le gouvernement est obligé d’être très attentif. De plus, David Cameron sait que s’il quitte l’Union, il ne quittera pas l’Europe. Et le Royaume-Uni ne peut pas devenir une forteresse insulaire même si les Britanniques tiennent à sortie de l’UE.

De plus, les Britanniques ne peuvent pas sortir de l’UE à cause de leurs liens avec les États-Unis. Ils ont toujours rêvé d’une relation privilégiée avec Washington, une sorte d’exclusivité « États-Unis- Royaume-Uni ». Or, un Royaume-Uni hors de l’UE n’intéresse pas la puissance américaine. Ce qu’ils veulent, c’est un partenaire privilégié intégré dans l’UE, qui peut éventuellement influencer les décisions européennes. Washington joue donc plutôt pour le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne.

Bruno Bernard : Il faut se méfier des déclarations publiques des hommes politiques britanniques sur l’Europe. En effet, les postures sont légions et souvent trompeuses. Il faut bien prendre en compte le fait qu’un Premier ministre conservateur doit tout faire pour éviter de se faire déborder par les eurosceptiques de son camp ainsi, que par le United Kingdom Independence Party (UKIP) de Nigel Farage. La politique intérieure n’est jamais totalement étrangère aux prises de position des uns et des autres. C’est souvent le leadership à droite qui est en jeu lorsque l’on parle d’Europe.

L’intérêt de la Grande-Bretagne n’est pas que l’Union européenne ressemble de plus en plus à un Etat.Pour la Grande-Bretagne, l’Union européenne est souvent synonyme de plus de réglementations et d’empiètement sur sa souveraineté notamment en matière fiscale. Aussi, si l’union fiscale devait devenir une réalité, il va sans dire que la Grande-Bretagne risquerait de s’éloigner encore un peu plus. Néanmoins il est essentiel de rappeler que la Grande-Bretagne n’a aucun intérêt à être absente des lieux de décisions européens, elle veut avant tout peser sur ce qui se passe à ses frontières, voilà pourquoi il est difficile d’imagine une rupture totale.

Le Premier ministre David Cameron a annoncé en juillet 2012 qu’un référendum sur « les liens » du Royaume-Uni avec l’UE était envisageable. Ce référendum pourrait-il avoir lieu? Si les Britanniques se prononçaient pour la fin de l’adhésion à Europe, quelles conséquences sont envisageables ?

Philippe Moreau Defarges :  Un référendum peut tout à fait avoir lieu, il y en a déjà eu un en 1975. Dans ce cas, le gouvernement britannique veillerait à le vider au maximum de sa substance, en en faisant un simple referendum consultatif, et en formulant la question de telle façon que le peuple britannique ne pourrait pas dire non. De multiples éléments sont à disposition du gouvernement britannique pour le détourner.

Néanmoins, s’il se concluait sur un retrait du pays de l’UE, ça se passerait très mal. Ce serait d’abord très compliqué, car il faudrait séparer toute la législation européenne et toute la législation britannique, étant donné que le Royaume-Uni est dans l’UE depuis 1973. Tout cela représente un travail de détricotage extrêmement compliqué.

Il y aurait aussi beaucoup de rancœurs des deux côtés et évidemment une grande amertume du coté des Européens.  Une grande division au sein du Royaume-Uni lui-même s’établira, notamment entre l’Angleterre et l’Écosse, cette dernière ayant le grand souci d’affirmer sa différence par rapport à l’Angleterre. En cas de sortie, le gouvernement écossais demanderait immédiatement qu’on prenne en compte ce que veulent les Écossais. Ils en profiteraient aussi pour associer à ce referendum un vote du même type sur l’indépendance de l’Écosse.

Bruno Bernard : Diplomatiquement ce serait une très mauvaise nouvelle pour l’Union européenne car elle perdrait l’un des deux seuls pays disposant d’une véritable armée et doté d’une volonté réelle de peser sur les affaires du monde. Toutefois la coopération en matière de défense entre la France et le Royaume-Uni, étant avant tout bilatérale, celle-ci pourrait continuer même en cas de départ de l’un des deux protagonistes.

Si une sortie du Royaume-Uni devait s’accompagner d’un retour des droits de douane aux frontières, cela aurait évidemment un impact négatif pour les échanges commerciaux avec les autres pays européens, néanmoins cela est difficilement imaginable du fait que la plupart des négociations commerciales sont désormais faites au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce et que la Grande-Bretagne voudra conserver les accords de libre-échange avec ses voisins. Au final c’est l’Union européenne qui aurait le plus à perdre avec un départ de la Grande-Bretagne ; ce serait vu par le reste du monde comme un échec politique terrible.

Peut-on donc dire que la position du gouvernement de David Cameron est velléitaire ?

Philippe Moreau Defarges : Non, car Cameron sait que les Britanniques sont hostiles à l’UE, mais il veut malgré tout bâtir le Royaume-Uni dans l’UE. Cependant, il ne peut pas le dire ouvertement à son opinion. Il mène une politique risquée, et tout cela peut mal se terminer. En cas de sortie, ça se passerait  d’autant plus mal que l’UE est dans une crise. Celui qui quitte le navire va devenir le coupable idéal. Dans cette affaire, les Britanniques ont fort peu à gagner en partant, même s’ils ne sont pas heureux dans l’UE.

Ils seront accusés de ne pas être solidaire, ça apparaîtrait comme un acte de grande déloyauté. Beaucoup d’Européens diront, regardez « l’UE traverse une crise, et le Royaume-Uni, membre depuis plusieurs décennies, n’a qu’une envie c’est de s’en aller ». Certains Européens, et notamment ceux qui n’aiment pas les Britanniques, en profiteront pour se déchaîner contre le pays. Il sera puni d’un point de vue politique, ce qui aura bien sûr des conséquences économiques. Cela se passera très mal.

Bruno Bernard : David Cameron est plus modéré en matière européenne que la base de son parti voilà pourquoi il lui est indispensable de conserver la main sur le sujet pour ne pas se laisser déborder par les éléments les plus ultras de sa propre majorité. Il est d’abord un pragmatique, voilà pourquoi il n’a pas tenu de référendum sur le traité de Lisbonne au lendemain de son élection. S’il promet un nouveau référendum en 2015 c’est avant tout pour neutraliser UKIP et ses propres rebelles parlementaires. A l’intérieur du parti conservateur il est certainement la meilleure chance pour l’Union européenne de conserver la Grande-Bretagne en son sein.

En jouant ce double jeu, le Royaume-Uni empêche-t-il l’Union européenne d’avancer?

Philippe Moreau Defarges : Il faut arrêter de jouer à ce jeu-là et de se déchaîner sur le Royaume-Uni.  D’un côté le pays veut quitter l’UE, de l’autre c’est est un horrible méchant. Mais les britanniques sont très utiles, et la France a un énorme intérêt à ce qu’ils soient dans l’UE pour une raison simple : d’après les études, il y aurait entre 200 000 et  300 000  Français qui travaillent à Londres. Dans un pays qui souffre d’un chômage grave qu’il n’arrive pas à faire descendre, une partie des Français a du travail grâce au Royaume-Uni. Ce dernier n’a pas d’autres options, il défend durement ses intérêts mais il a le mérite de donne à l’UE une certaine dose de réalisme: c’est un pays qui adhère à la mondialisation, dans un contexte où d’autres la rejettent et tentent de faire de l’UE une forteresse, ce qui est une illusion. Le Royaume-Uni, l’UE et les autres États doivent s’entendre et travailler ensemble.

Bruno Bernard : De quelles avancées parle-t-on ? Aujourd’hui c’est difficile à dire. L’Etat fédéral européen n’est pas pour demain si l’on considère les résultats des eurosceptiques sur le continent. Diplomatiquement la Grande-Bretagne est le seul pays européen avec la France à posséder une ambition mondiale. Il serait inimaginable que l’Europe s’impose sur la scène internationale amputée de cet Etat membre essentiel, qui plus est membre du conseil de sécurité des Nations-Unies !

Atlantico/Philippe Moreau Defarges est chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI) et professeur à l’Institut d’études politiques de Paris.

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