Le Royaume-Uni a-t-il déjà quitté l’UE sans que personne ne s’en rende compte ?

Le Royaume-Uni multiplie les signaux négatifs à l’égard de l’Union européenne depuis le début de l’année. Après avoir annoncé que son pays pourrait organiser un référendum sur la « relation » qui le lie à l’UE en juillet 2012, David Cameron refuse toute négociation sur l’augmentation du budget européen. Un retrait de la coopération européenne judiciaire a été annoncé. Et si la crise occupait trop les esprits pour se rendre compte que les Britanniques étaient déjà sortis de l’UE?

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Atlantico : Le Royaume-Uni est-il déjà sorti de l’Union européenne, de fait, sans que personne ne s’en rendre compte ?

Philippe Moreau Defarges : Non, c’est faux. Premièrement, le pays reste membre de l’Union européenne légalement. Pour le moment il en accepte non sans mal les obligations avec beaucoup réticences, mais il reste une île au large du continent européen et il est très clairement ancré en Europe. Un État ne peut pas bouger son territoire, la géographie contraint donc le Royaume-Uni.

Deuxièmement, le Royaume-Uni est lié à l’UE par beaucoup d’intérêts. Beaucoup de banques britanniques sont présentes en Europe et aujourd’hui, plus de la moitié des exportations du pays sont à destination de l’UE. Beaucoup de Britanniques vivent en France, et  à l’inverse beaucoup de Français travaillent sur le territoire de ces derniers. Tous ces éléments lient le Royaume-Uni à ses voisins européens.

Bruno Bernard : La question de l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne est le « marronnier » de la politique britannique. Déjà en 1974 le parti travailliste promettait un référendum sur le sujet et en 1975, 67% des sujets de sa Majesté votaient en faveur du statu quo. Depuis 1973, l’appartenance à l’Union européenne n’a cessé de diviser le parti conservateur. En 2009, le Traité de Lisbonne étant déjà ratifié par les autres Etats membres, David Cameron doit renoncer à tenir un référendum dessus mais promet que s’il est élu aucune compétence supplémentaire ne pourra être transférée sans approbation populaire.

En 2011, une pétition qui demande l’organisation d’une consultation référendaire signée par 100 000 personnes est remise au Premier ministre. Et enfin le 24 octobre de la même année une motion appelant à cette consultation est repoussée par 483 votes contre 111 constituant la plus importante rébellion au sein du parti conservateur sur le sujet.

Enfin le 1er octobre dernier David Cameron a réaffirmé que « l’intérêt de la Grande-Bretagne n’est pas de quitter l’Union européenne » mais il a bien précisé dans la foulée qu’il faudra revoir les relations qui lient son pays à l’Union d’ici à 2014. Ainsi, si la Grande-Bretagne réfléchit sérieusement à son avenir au sein de l’Union européenne, on ne peut pas dire qu’elle en soit déjà sortie.

Peut-on donc dire que le Royaume-Uni prépare sa sortie de l’Union européenne, et quel serait l’intérêt d’une telle démarche?

Philippe Moreau Defarges : Même s’il y a beaucoup de bruit autour de son éventuel départ de l’Union, et ce qui n’est pas impossible, tous ses intérêts l’accrochent à l’UE. Si le peuple britannique veut quitter l’UE, il ne le pourra qu’après une longue procédure.

L’euroscepticisme qui règne dans le pays n’est pas nouveau. Il est peut-être plus fort qu’il y a cinq à dix ans, mais les Britanniques n’ont jamais été très enthousiastes à l’égard de l’UE, ils restent un peu dans leur position. Mais même si cette opinion est très réservée à l’égard des engagements européens, le gouvernement est obligé d’être très attentif. De plus, David Cameron sait que s’il quitte l’Union, il ne quittera pas l’Europe. Et le Royaume-Uni ne peut pas devenir une forteresse insulaire même si les Britanniques tiennent à sortie de l’UE.

De plus, les Britanniques ne peuvent pas sortir de l’UE à cause de leurs liens avec les États-Unis. Ils ont toujours rêvé d’une relation privilégiée avec Washington, une sorte d’exclusivité « États-Unis- Royaume-Uni ». Or, un Royaume-Uni hors de l’UE n’intéresse pas la puissance américaine. Ce qu’ils veulent, c’est un partenaire privilégié intégré dans l’UE, qui peut éventuellement influencer les décisions européennes. Washington joue donc plutôt pour le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne.

Bruno Bernard : Il faut se méfier des déclarations publiques des hommes politiques britanniques sur l’Europe. En effet, les postures sont légions et souvent trompeuses. Il faut bien prendre en compte le fait qu’un Premier ministre conservateur doit tout faire pour éviter de se faire déborder par les eurosceptiques de son camp ainsi, que par le United Kingdom Independence Party (UKIP) de Nigel Farage. La politique intérieure n’est jamais totalement étrangère aux prises de position des uns et des autres. C’est souvent le leadership à droite qui est en jeu lorsque l’on parle d’Europe.

L’intérêt de la Grande-Bretagne n’est pas que l’Union européenne ressemble de plus en plus à un Etat.Pour la Grande-Bretagne, l’Union européenne est souvent synonyme de plus de réglementations et d’empiètement sur sa souveraineté notamment en matière fiscale. Aussi, si l’union fiscale devait devenir une réalité, il va sans dire que la Grande-Bretagne risquerait de s’éloigner encore un peu plus. Néanmoins il est essentiel de rappeler que la Grande-Bretagne n’a aucun intérêt à être absente des lieux de décisions européens, elle veut avant tout peser sur ce qui se passe à ses frontières, voilà pourquoi il est difficile d’imagine une rupture totale.

Le Premier ministre David Cameron a annoncé en juillet 2012 qu’un référendum sur « les liens » du Royaume-Uni avec l’UE était envisageable. Ce référendum pourrait-il avoir lieu? Si les Britanniques se prononçaient pour la fin de l’adhésion à Europe, quelles conséquences sont envisageables ?

Philippe Moreau Defarges :  Un référendum peut tout à fait avoir lieu, il y en a déjà eu un en 1975. Dans ce cas, le gouvernement britannique veillerait à le vider au maximum de sa substance, en en faisant un simple referendum consultatif, et en formulant la question de telle façon que le peuple britannique ne pourrait pas dire non. De multiples éléments sont à disposition du gouvernement britannique pour le détourner.

Néanmoins, s’il se concluait sur un retrait du pays de l’UE, ça se passerait très mal. Ce serait d’abord très compliqué, car il faudrait séparer toute la législation européenne et toute la législation britannique, étant donné que le Royaume-Uni est dans l’UE depuis 1973. Tout cela représente un travail de détricotage extrêmement compliqué.

Il y aurait aussi beaucoup de rancœurs des deux côtés et évidemment une grande amertume du coté des Européens.  Une grande division au sein du Royaume-Uni lui-même s’établira, notamment entre l’Angleterre et l’Écosse, cette dernière ayant le grand souci d’affirmer sa différence par rapport à l’Angleterre. En cas de sortie, le gouvernement écossais demanderait immédiatement qu’on prenne en compte ce que veulent les Écossais. Ils en profiteraient aussi pour associer à ce referendum un vote du même type sur l’indépendance de l’Écosse.

Bruno Bernard : Diplomatiquement ce serait une très mauvaise nouvelle pour l’Union européenne car elle perdrait l’un des deux seuls pays disposant d’une véritable armée et doté d’une volonté réelle de peser sur les affaires du monde. Toutefois la coopération en matière de défense entre la France et le Royaume-Uni, étant avant tout bilatérale, celle-ci pourrait continuer même en cas de départ de l’un des deux protagonistes.

Si une sortie du Royaume-Uni devait s’accompagner d’un retour des droits de douane aux frontières, cela aurait évidemment un impact négatif pour les échanges commerciaux avec les autres pays européens, néanmoins cela est difficilement imaginable du fait que la plupart des négociations commerciales sont désormais faites au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce et que la Grande-Bretagne voudra conserver les accords de libre-échange avec ses voisins. Au final c’est l’Union européenne qui aurait le plus à perdre avec un départ de la Grande-Bretagne ; ce serait vu par le reste du monde comme un échec politique terrible.

Peut-on donc dire que la position du gouvernement de David Cameron est velléitaire ?

Philippe Moreau Defarges : Non, car Cameron sait que les Britanniques sont hostiles à l’UE, mais il veut malgré tout bâtir le Royaume-Uni dans l’UE. Cependant, il ne peut pas le dire ouvertement à son opinion. Il mène une politique risquée, et tout cela peut mal se terminer. En cas de sortie, ça se passerait  d’autant plus mal que l’UE est dans une crise. Celui qui quitte le navire va devenir le coupable idéal. Dans cette affaire, les Britanniques ont fort peu à gagner en partant, même s’ils ne sont pas heureux dans l’UE.

Ils seront accusés de ne pas être solidaire, ça apparaîtrait comme un acte de grande déloyauté. Beaucoup d’Européens diront, regardez « l’UE traverse une crise, et le Royaume-Uni, membre depuis plusieurs décennies, n’a qu’une envie c’est de s’en aller ». Certains Européens, et notamment ceux qui n’aiment pas les Britanniques, en profiteront pour se déchaîner contre le pays. Il sera puni d’un point de vue politique, ce qui aura bien sûr des conséquences économiques. Cela se passera très mal.

Bruno Bernard : David Cameron est plus modéré en matière européenne que la base de son parti voilà pourquoi il lui est indispensable de conserver la main sur le sujet pour ne pas se laisser déborder par les éléments les plus ultras de sa propre majorité. Il est d’abord un pragmatique, voilà pourquoi il n’a pas tenu de référendum sur le traité de Lisbonne au lendemain de son élection. S’il promet un nouveau référendum en 2015 c’est avant tout pour neutraliser UKIP et ses propres rebelles parlementaires. A l’intérieur du parti conservateur il est certainement la meilleure chance pour l’Union européenne de conserver la Grande-Bretagne en son sein.

En jouant ce double jeu, le Royaume-Uni empêche-t-il l’Union européenne d’avancer?

Philippe Moreau Defarges : Il faut arrêter de jouer à ce jeu-là et de se déchaîner sur le Royaume-Uni.  D’un côté le pays veut quitter l’UE, de l’autre c’est est un horrible méchant. Mais les britanniques sont très utiles, et la France a un énorme intérêt à ce qu’ils soient dans l’UE pour une raison simple : d’après les études, il y aurait entre 200 000 et  300 000  Français qui travaillent à Londres. Dans un pays qui souffre d’un chômage grave qu’il n’arrive pas à faire descendre, une partie des Français a du travail grâce au Royaume-Uni. Ce dernier n’a pas d’autres options, il défend durement ses intérêts mais il a le mérite de donne à l’UE une certaine dose de réalisme: c’est un pays qui adhère à la mondialisation, dans un contexte où d’autres la rejettent et tentent de faire de l’UE une forteresse, ce qui est une illusion. Le Royaume-Uni, l’UE et les autres États doivent s’entendre et travailler ensemble.

Bruno Bernard : De quelles avancées parle-t-on ? Aujourd’hui c’est difficile à dire. L’Etat fédéral européen n’est pas pour demain si l’on considère les résultats des eurosceptiques sur le continent. Diplomatiquement la Grande-Bretagne est le seul pays européen avec la France à posséder une ambition mondiale. Il serait inimaginable que l’Europe s’impose sur la scène internationale amputée de cet Etat membre essentiel, qui plus est membre du conseil de sécurité des Nations-Unies !

Atlantico/Philippe Moreau Defarges est chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI) et professeur à l’Institut d’études politiques de Paris.

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L’exil fiscal a déjà commencé

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Le 10 Downing Street, la résidence du premier ministre britannique, David Cameron, qui avait promis il y a peu de «dérouler le tapis rouge» aux Français voulant s’expatrier au Royaume-Uni. Crédits photo : Akira Suemori/ASSOCIATED PRESS

Pour le gouvernement, entrepreneurs, chefs d’entreprise et financiers ne quittent pas la France. Pourtant, si la discrétion reste de mise, beaucoup dans la finance ont déjà fait le choix d’une installation à l’étranger, notamment à Londres, pour échapper à une fiscalité jugée insupportable.

Pour le gouvernement, entrepreneurs, chefs d’entreprise et financiers ne quittent pas la France. Pourtant, si la discrétion reste de mise, beaucoup dans la finance ont déjà fait le choix d’une installation à l’étranger, notamment à Londres, pour échapper  à une fiscalité jugée insupportable.

Grand Palais, un soir de pluie. Le Tout-Paris financier se presse pour admirer la rétrospective Edward Hopper. Il y a de la désespérance dans l’air, et les tableaux mélancoliques du peintre américain n’y sont pour rien. Les patrons des fonds d’investissement sont effondrés. Le ciel leur est tombé sur la tête: la fiscalité de leurs revenus vient d’être multipliée par trois!

Les conversations tournent en boucle sur les annonces du gouvernement. Pour ces financiers dont le métier consiste à investir l’épargne des retraités américains dans de belles endormies françaises, la réforme en cours sonne comme l’arrêt de mort de leur business à Paris. BC Partners, Advent, Astorg ou encore Axa Private Equity, autant de poids lourds dans cette industrie, étudient activement des solutions de repli sur Londres. Les épouses ne font pas bonne mine et soupèsent les mérites comparés de la vie chez les Belges ou les Helvètes

D’aucuns les voient comme des privilégiés qui pleurent la fin d’une niche fiscale trop favorable. Le fait est qu’ils s’en vont. Leur portefeuille et leur savoir-faire avec eux.

La rose et le glaive fiscal

En vrai, le sauve-qui-peut est général depuis la présentation du projet de loi de finances pour 2013. Dramatique. Pire qu’en 1981, selon les anciens, car Internet a aboli les frontières. Cet associé du cabinet d’avocats Weil, ces banquiers d’affaires de Goldman ou Barclays, ce propriétaire d’hôtels, tous partis à Londres ; ces consultants de Bain qui cherchent un refuge à Genève, ces cadres dirigeants d’un groupe industriel exfiltrés à Zurich, cet ex-patron de presse prêt à sauter dans le Thalys pour Bruxelles…

Le Figaro a pisté des dizaines d’exilés mais ne se livrera pas à un vaste «outing» fiscal. Car tous vivent dans la hantise des représailles d’un fisc hargneux. Dans les dîners en ville ou les déjeuners d’affaires, on se fait peur en répétant les histoires de redressements fiscaux, de vexations subies pour une résidence secondaire en Armorique ou à cause de visites trop fréquentes à un enfant resté sur le sol français.

Fleur Pellerin, la ministre des PME et du Numérique, a beau assurer ne pas discerner de «signe d’un quelconque exode fiscal», le gouvernement n’ignore rien de l’ampleur des dégâts provoqués, entre autres, par la taxe à 75 % au-dessus de 1 million d’euros de revenus. Quand Pierre Moscovici, le ministre des Finances, s’est rendu à Londres, le mois dernier, il a été accueilli par une cohorte très remontée des milieux d’affaires français. Dans la résidence de l’ambassadeur, à Kensington, à un jet de pierre de la villa patricienne du milliardaire indien Lakshmi Mittal, incarnation de la réussite entrepreneuriale, les patrons locaux d’EDF, de Veolia ou encore de BNP Paribas ont tiré la sonnette d’alarme.

La grande transhumance, ils l’observent aux premières loges à «Paris-sur-Tamise». Depuis des mois, ils les ont vus arriver, les Bertrand Meunier, ancienne star du fonds d’investissement PAI, Nicolas Chanut, dirigeant du courtier Exane BNP Paribas, ou encore l’industriel breton Michel-Yves Bolloré, le frère aîné de Vincent.

Au service (du Trésor) de Sa Majesté

Comme par hasard, les prix de l’immobilier à Kensington et Chelsea, les quartiers chics prisés par les «Froggies», flambent. À la rentrée de septembre, 500 élèves n’ont pas pu être pris au lycée français Charles-de-Gaulle alors même qu’un nouveau collège vient d’ouvrir ses portes. «Les financiers sont parmi les premiers à partir. Ils détiennent souvent des patrimoines élevés, facilement mobilisables et ont une culture internationale qui favorise l’expatriation», commente Pierre Cenac, notaire à Paris, dont l’étude est prise d’assaut par des candidats au départ.

En fait, la fiscalité confiscatoire a tué le peu d’attractivité qui restait à la place financière de Paris face à la City. «Ils sont fous ces Français», ricanent les Britanniques, qui ont promis, le Premier ministre David Cameron en tête, de «dérouler le tapis rouge» aux Français. Le discours accueillant du maire de Londres, l’excentrique Boris Johnson, va droit au cœur de ces écorchés vifs, en manque de reconnaissance dans leur pays. «Mon garçon s’est fait traiter de “fils de riche” au collège Saint-Jean de Passy!», s’étrangle un financier qui emmène femme et enfants s’essayer aux joies du fish & chips.

«Ce n’est pas le projet de loi de finances 2013 qui a accéléré les nombreux départs. C’est l’état d’esprit qui l’accompagne et l’instabilité juridique et fiscale», soupire Éric Singer, du cabinet de chasse de tête Singer & Hamilton, qui agrandit ses bureaux dans d’autres places financières: «Je n’ai pas le choix: les étrangers ne veulent plus venir en France. Tous mes clients s’en vont…» «Manque de reconnaissance vis-à-vis de ceux qui bossent», «pas d’intérêt de se défoncer pour payer autant d’impôts dans un pays qui ne fait pas les réformes nécessaires», les témoignages abondent dans ce sens: «Cela fait deux ans que je paye plus d’impôts que je ne perçois de revenus. J’aurais pu l’accepter, mais on me crache à la figure et maintenant on vient me parler de solidarité!», éructe un banquier d’affaires.

La zizanie

De quoi mettre dans l’embarras la Société générale, la banque d’investissement tricolore qui faisait figure d’irréductible face à une BNP Paribas beaucoup plus implantée à Londres. Comble de malchance, la banque rouge et noire avait prévu de rassembler l’an prochain ses salles de marchés dans un immeuble flambant neuf à la Défense au grand dam des membres de son équipe de dérivés actions – un des fleurons du groupe – dont l’idée fixe est de transférer l’activité à Londres.

«C’est simple, tout le monde veut s’expatrier à Genève ou à Londres. Les traders qui gagnent 1 million d’euros ou ceux qui ont l’espoir d’y arriver un jour. Même des membres du comité exécutif préféreraient être ailleurs qu’à Paris…», reconnaît, désabusé, un proche de la banque. Pour l’instant, le PDG Frédéric Oudéa résiste, mais s’il persiste, il prend le risque d’essuyer une marée de démissions après le paiement des bonus en mars prochain…

Et ce ne sont que les premières vagues… «Nous avons, depuis le projet de loi de finances, en moyenne un rendez-vous par jour sur le sujet délocalisation et ce, pour l’essentiel, avec des entrepreneurs (de 40 à 50 ans) et d’anciens managers qui ont déjà cédé leurs entreprises (plus de 60 ans)», confie l’avocat fiscaliste Marc Vaslin, du cabinet Scotto & Associés, qui dit avoir «du mal à convaincre (ses) interlocuteurs qu’ils peuvent se structurer pour rester en France avec une fiscalité raisonnable, car ils n’ont pas confiance».

La grande traversée

Certains ont commencé à vendre leur appartement pour rendre leur patrimoine liquide. Des holdings sont constitués en Belgique ou au Luxembourg pour permettre aux entrepreneurs de plier plus aisément les gaules. L’exode de la finance précède de peu celui des forces vives du pays, les patrons de PME. Les «pigeons» ont fait leurs calculs: «Si je perds, c’est pour moi, si je gagne, c’est pour l’État.»

Jonathan Benassaya, le jeune créateur d’entreprise tombé tout petit dans la marmite en fondant Deezer, le premier site de partage de musique en ligne, qui est parti en Californie monter un nouveau business, n’en revient pas lui-même: «La semaine dernière, trois entrepreneurs français m’ont envoyé un mail pour demander si je ne pouvais pas leur louer des locaux ici. Ils m’expliquaient que compte tenu du climat actuel en France, ils songent sérieusement à s’expatrier.»

«Jusqu’à présent, nous travaillions chacun de chez nous. Nous songeons à créer notre bureau à New York. C’est une question d’ambition pour notre entreprise et d’ambiance: ça ne nous faisait simplement pas rêver de fonder quelque chose en France aujourd’hui», témoigne Benoît Laurent, fondateur et CEO de TextMaster, une start-up de mise en réseau de traduction.

Pour ces jeunes, la potion est trop amère. Les investisseurs étrangers ont coupé les vivres. «Des fonds de pension américains ou encore des fonds souverains du Moyen-Orient nous ont écrit pour nous demander si cela vallait encore la peine d’investir en France», relate, atterré, ce responsable d’un fonds d’investissement. Les levées d’argent frais sont gelées.

Alors, les entrepreneurs s’adaptent. «Je vois des projets technologiques où le fondateur annonce qu’il est prêt à se délocaliser si les investisseurs le demandent», relate Bernard-Louis Roques, cofondateur du fonds de capital-risque Truffle, qui a notamment financé Carmat, le créateur du premier cœur artificiel complet: «Certains des gros succès de demain ne seront plus ici», déplore le capital-risqueur.

Et tout ça pour quoi? Les fiscalistes n’ont guère besoin de jouer les devins: à ce rythme, le rendement de la taxe à 75 % promet d’être négatif. En attendant, le coup est parti. Le village des affaires parisien ressemblera-t-il, un jour, à une ville d’Edward Hopper, peuplée d’ombres solitaires?

Par Isabelle Chaperon, Anne de Guigné

Le Figaro

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Le maire de Londres tacle la «tyrannie» fiscale de la France

Le conservateur Boris Johnson a qualifié la politique fiscale française de «pire tyrannie depuis 1789». Il se dit prêt à accueillir tous les Français fuyant la taxe à 75% sur les plus hauts revenus.

«Vous êtes tous bienvenus.» Trois mois après le premier ministre David Cameron, qui s’est dit prêt à «dérouler le tapis rouge» aux exilés fiscaux français, le maire conservateur de Londres, Boris Johnson, a brocardé lundi la politique fiscale du président François Hollande. «Jamais depuis 1789 il n’y a eu une telle tyrannie ou terreur en France», a-t-il lancé lors du congrès du parti conservateur à Birmingham. «Allons, enfants de la patrie!»: provocateur, il a repris, dans la langue de Molière, les premiers mots de l’hymne national français en guise d’invitation. «Je suis prêt à accueillir tous les Français talentueux à Londres», a-t-il affirmé. Parfois appelée la «sixième ville française», la capitale britannique compte déjà une communauté française de 300.000 à 400.000 personnes, selon l’ambassade de France, citée par la BBC.

En juin dernier, le premier ministre britannique avait ouvertement critiqué la taxe à 75% sur les plus hauts revenus, une promesse électorale de François Hollande. «Quand la France instituera (ce taux), nous déroulerons le tapis rouge et nous accueillerons plus d’entreprises françaises qui paieront leurs impôts au Royaume-Uni», avait-il déclaré devant une assemblée de chefs d’entreprise. «Cela paiera nos services publics et nos écoles.»

Après une valse-hésitation, François Hollande a finalement maintenu, pour deux ans, sa fameuse surtaxe sur les revenus de plus de 1 million d’euros dans son budget 2013, présenté fin septembre. Un budget dit «de combat», qui prévoit 10 milliards d’euros d’économies sur les dépenses publiques et près de 20 milliards d’euros de hausses d’impôts. Si les classes moyennes vont porter l’essentiel de l’effort de réduction du déficit français, les «ultrariches» sont clairement dans le viseur du gouvernement. Outre la taxe à 75%, le budget prévoit un alourdissement de l’impôt sur la fortune (ISF).

Un choc fiscal qui fait des ravages

Un choc fiscal qui a commencé à faire des ravages. Bon nombre de fiscalistes avertissent que des personnalités très fortunées cherchent à quitter la France. S’il assure qu’il paiera ses impôts en France, Bernard Arnault, le patron du groupe français de luxe LVMH, a fait les gros titres le mois dernier en révélant sa volonté d’acquérir la nationalité belge. Hasard du calendrier, sans doute, l’homme d’affaires s’est vu attribuer lundi par la reine d’Angleterre, Elizabeth II, la distinction de commandeur de l’ordre de l’Empire britannique pour «services économiques» et «services à la communauté au sens plus large au Royaume-Uni».

Alors que les milieux d’affaires ou personnalités les plus fortunées grincent de plus en plus ouvertement des dents, d’autres n’hésitent pas à se révolter ouvertement, à l’instar des Pigeons, ce mouvement qui a rassemblé plusieurs centaines d’entrepreneurs et de financiers et ébranlé Internet la semaine dernière. Au départ, ils contestaient le projet de hausse de l’imposition des plus-values sur les cessions d’entreprises. Ils ont finalement été reçus à Bercy. S’ils ont obtenu des promesses, leurs craintes ne sont pas apaisées. Ce que déplorait encore cette semaine un avocat fiscaliste, interrogé par Le Figaro : «Le gouvernement punit les personnes qui ne votent pas pour lui. C’est un nouvel édit de Nantes.»

Isabelle de Foucaud Le Figaro

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Londres déroule déjà le tapis rouge aux délocalisés fiscaux

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– François Hollande et David Cameron, le 18 mai 2012. REUTERS/Andrew Winning

 La bataille des 75% a déjà commencé. La capitale britannique a créé un bureau d’accueil pour les hauts cadres français.

Qui rappellera à Michel Sapin et à tous les socialistes français, qu’au Mexique en 1863 au lieu dit Camerone, les Français ont subi une défaite que leur goût de la fausse légende a transformé en victoire? Soixante soldats valeureux de la Légion étrangère résistèrent 24 heures à deux mille cavaliers mexicains, avant de tous y laisser leur peau. Cette bataille est devenue la bataille emblématique de la Légion qui y fête l’abnégation, la fidélité, le devoir. N’empêche que ce fut une défaite.

On pensait à cet épisode de cette funeste campagne mexicaine de Napoléon III, quand au G20 au Mexique, à Los Cabos, un certain David Cameron, Premier ministre anglais de son état, lança à la tête des ministres et du président français:

«Quand la France instituera un taux de 75% pour la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu, nous déroulerons le tapis rouge et nous accueillerons plus d’entreprises françaises, qui paieront leurs impôts au Royaume-Uni.»

Se frottant les mains, il conclua:

«Cela paiera nos services publics et nos écoles.»

Michel Sapin, le ministre socialiste français du Travail de son état, a cru fin de répliquer:

«Je ne sais pas comment on fait pour dérouler un tapis rouge au travers [de la Manche], il risque de prendre l’eau.»

Ouaf! ouaf! ouaf! Qu’il est malin ce Sapin!

Sauf qu’il n’y a pas de quoi rire. La bataille de Cameron (David) est réelle et en passe d’être gagnée non par les Mexicains cette fois mais par le gouvernement conservateur  britannique.

Cette confidence –«nous déroulerons le tapis rouge»– est plutôt une bourde du Premier ministre car elle correspond à une réalité qu’il eut sans doute pour les intérêts de Sa Majesté, dû taire.

Car telle est bien la réalité: le gouvernement britannique a bel et bien créé une officine chargée de recevoir les représentants des grands groupes français en mal de délocalisation fiscale.

Le pragmatisme londonien

Et si le tapis n’est pas rouge, c’est tout comme: bureau discret, whisky et sollicitude: «Chers amis Français que désirez-vous? Des logements? On vous aidera. Des écoles? Pas de problème. Des emplois pour les conjoint(e)s? On va trouver.»

Londres est de tout temps pragmatique. Cette fois encore, les autorités ont bien compris qu’au sein des grands champions français beaucoup de dirigeants gagnent plus d’un million d’euros, ça fait des dizaines voire quelques centaines de personnes. Ils examinent leur situation fiscale et familiale et s’interrogent. Nombreux sont ceux qui répondent par l’affirmative: partons.

Il faut certes vivre la moitié du temps hors de France, mais c’est déjà le cas, ou pas loin, pour beaucoup de ces dirigeants exécutifs qui voyagent beaucoup.

La plupart des PDG du CAC 40 sont donc soumis à des demandes précises: «Je veux partir.» Beaucoup ont considéré le cas et la solution est très facile: créer une société à l’étranger qui embauche cette partie de l’état-major, laquelle société est rémunérée par le siège social qui lui reste à Paris (pour l’instant du moins car c’est plus simple et cela évite les mesures de rétorsion du gouvernement).

Où installer cette société? Bruxelles? La fiscalité sur le patrimoine est intéressante, mais pas la fiscalité sur le revenu. Genève? Les deux fiscalités patrimoine et revenu sont accueillantes, mais les moyens de transport sont incertains. Et la crise du logement de luxe force à  habiter Lausanne. Reste Londres.

Pour des dirigeants du CAC40, Londres présente l’avantage énorme d’accueillir leurs clients du monde entier. La visite de Paris représentait un charme romantique, mais tant pis. Londres a tous les atouts. Les inconvénients existent, mais le gouvernement, justement, offre d’aider: des logements, des écoles… Et l’Eurostar met Paris à 2h30.

On ne sait combien de groupes du CAC40 vont finalement délocaliser une partie de leur état-major à l’étranger. Mais Michel Sapin a bien tort d’en rire. Il pourrait en être des très haut revenus français comme des hauts patrimoines français partis à Bruxelles ou ailleurs. On ne connaît d’ailleurs toujours pas la somme des capitaux qui ont fui, c’est un tabou.

Revenus ou patrimoines, ces dizaines de millions d’euros vont manquer aux caisses de l’Etat, à Paris, ses restaurants, ses boutiques, ses opéras, ses lumières. Les socialistes et le peuple fêteront la victoire contre les riches. David Cameron aussi.

Eric Le Boucher

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