Hollande veut une Europe à plusieurs vitesses

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Francois Hollande et David Cameron lors de leur rencontre à Londres, mardi. Crédits photo : Lewis Whyld/AP

Il a reçu les honneurs. Traité avec distance par les autorités britanniques lors de la campagne présidentielle, François Hollande a été accueilli avec égards pour son premier déplacement officiel en Grande-Bretagne, mardi.

Après s’être entretenu avec le premier ministre, David Cameron, le chef de l’État a été invité par Elizabeth II, au château de Windsor, pour un entretien privé, informel et en français d’une demi-heure. La reine a offert au président français des photos dédicacées du duc d’Édimbourg et d’elle ; le chef de l’État est venu avec une porcelaine des manufactures de Sèvres. À son arrivée, François Hollande a évoqué la météo en France… «Il pleut toujours», a-t-il observé. «Il n’y a pas de jalousie à avoir.»

Les sujets abordés avec David Cameron étaient plus sensibles. Mais apparemment les relations sont devenues plus cordiales entre le président et le premier ministre britannique. La campagne présidentielle, où ce dernier avait pris position pour Nicolas Sarkozy, est derrière eux, tout comme cette déclaration, lors du dernier G20, promettant de dérouler «le tapis rouge» aux Françaisqui fuiraient l’Hexagone pour éviter de subir les hausses d’impôts.

«Je ne m’étais pas senti offensé», a assuré le chef de l’État, après leur entretien et leur déjeuner de travail au 10 Downing Street, en évoquant «un trait d’humour». «J’apprécie beaucoup l’humour, surtout l’humour britannique. J’ai été très heureux qu’on puisse m’offrir un tapis», a-t-il poursuivi en assurant que ces propos n’auraient «pas de conséquence sur les capitaux français».

Différend fiscal

Le ton est sec mais l’incident est donc clos. Quant à David Cameron, sans renier le souhait que la Grande-Bretagne soit le pays «le plus compétitif» possible, il a dédramatisé. «Un tapis rouge, il y en avait certainement un aujourd’hui, mais uniquement pour François». Le différend fiscal demeure néanmoins…

François Hollande ne met rien de personnel dans la relation franco-britannique: «Il y a des relations d’État à État.» Les deux pays sont dans le «concret», dit-on dans l’entourage du président. Tout d’abord la question de l’avenir de l’Union européenne. Côté français, on est engagé sur une pente d’intégration.

Côté anglais, Cameron n’a pas exclu un référendum sur la sortie de l’UE de son pays. «Nous ne sommes pas dans la même situation», a donc observé Hollande. «Nous devons concevoir une Europe à plusieurs vitesses chacun venant à son rythme, prenant ce qu’il veut dans l’Union, dans le respect des autres pays.» En clair, il s’agira de trouver en Europe un moyen de faire coexister une zone intégrée et la préservation du marché intérieur de l’Union cher à la Grande-Bretagne. Tout est à élaborer.

Avec l’élection de Hollande, tout n’a pas changé cependant entre Paris et Londres. Les principales coopérations entre les deux pays sont poursuivies, comme celles engagées dans le cadre du traité militaire de Lancaster House. Dans le domaine de la défense, un programme de développement de drones sera engagé (le ministreJean-Yves Le Drian est attendu le 24 juillet à Londres).

Un «appel au patriotisme»

L’effort, c’est pour tout le monde.  À Londres comme à Paris, François Hollande martèle son message de mobilisation ou son avertissement, c’est selon. «Vous allez participer comme tous les Français à l’œuvre  du redressement», a lancé le chef  de l’État devant quelques centaines d’expatriés venus l’écouter, avant d’adresser un message à ceux qui seraient tentés par l’expatriation: «Le redressement ce n’est pas une punition, il y a des maisons pour cela, elles ont été supprimées», a-t-il ironisé, avant de prononcer le terme de «justice fiscale».

«Il ne s’agit pas de montrer  du doigt ceux qui ont réussi»,  mais «d’appeler à une forme de patriotisme». Il n’y a pas que les Français qui seront mis à contribution: les Anglais possédant une résidence secondaire  en France seront, eux aussi, taxés autant que les résidents. Jusqu’à présent, ils échappaient à la CSG.

Nicolas Barotte Le Figaro

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