Le discours de politique générale de M. Ayrault : Back in the USSR ?

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« Back in the USSR » : vous souvenez-vous de la célèbre chanson des Beatles ? C’est celle qu’aurait pu entonner le Premier ministre français lors de sa déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale. En effet les mesures annoncées évoquent certaines politiques menées par l’ancienne URSS plutôt que celles d’un pays démocratique du début du XXIe siècle. Bien entendu – et fort heureusement – la France d’aujourd’hui est encore très loin de l’URSS. Mais elle s’éloigne aussi de plus en plus des autres pays européens réformateurs…

Comme jadis chez les soviétiques, la situation politique de la France d’aujourd’hui se caractérise déjà par son monolithisme : le pouvoir confisqué par le parti et la nomenklatura. Les socialistes français détiennent la Présidence de la République, ils dirigent le gouvernement, le Sénat, l’Assemblée nationale, les régions et les villes de plus de 100 000 habitants à l’exception de Bordeaux et de Marseille ! Le chef de l’Etat, M. François Hollande ainsi que la plupart des ministres et des chefs de cabinet sont énarques et même diplômés de la même année (génération Voltaire) ! Pratiquement tous les ministres sont issus de la fonction publique, un seul ayant connu l’entreprise privée. De même, près des deux tiers des députés élus dépendent directement ou indirectement de l’Etat.
Certaines annonces faites par le nouveau Premier ministre relèvent aussi de la plus pure idéologie marxiste : prendre aux riches pour donner non pas aux pauvres, mais à l’Etat. « De nouvelles recettes fiscales seront mobilisées », a déclaré le Premier Ministre, qui explique comment renflouer les caisses de l’Etat : « La volonté de ce gouvernement c’est de solliciter d’abord ceux qui jusqu’ici ont été exonérés de l’effort collectif ».
Voilà donc les riches Français promis par les socialistes français au sort des koulaks en URSS. Il y aura d’abord la fin de l’allègement de l’ISF (Impôt sur la fortune – rappelons que la France est le dernier pays qui applique encore un impôt spécifique sur les plus riches), puis l’augmentation des droits sur les grosses successions, puis encore l’abrogation du bouclier fiscal, puis enfin la création de deux nouvelles tranches d’imposition à 45% et 75% pour les plus hauts revenus !
De plus, les non-résidents (c’est-à-dire les personnes n’habitant pas en France du point de vue fiscal) devront payer des prélèvements sociaux sur leurs revenus fonciers issus de biens situés en France et sur leurs plus-values immobilières issues de ventes de ces mêmes biens. Ils devront aussi acquitter des prélèvements sociaux qui, depuis le 1er juillet, s’élèvent à 15,5%. Ces non-résidents payaient déjà de l’impôt sur leurs plus-values immobilières et leurs revenus fonciers, mais pas de prélèvements sociaux (CSG, CRDS, notamment). Autre dispositif nouveau : le prélèvement social sur les stock-options et les attributions gratuites d’actions sera relevé.
Les entreprises qui sont soumises à la contribution exceptionnelle d’impôt sur les sociétés, créée par le gouvernement Fillon, devront en verser un acompte de façon anticipée. Cette contribution de 5% frappe les entreprises réalisant plus de 250 millions de chiffre d’affaires. S’y ajoutent les surtaxes pour les banques et les compagnies pétrolières, ainsi qu’une série de mesures « anti-abus et anti-paradis fiscaux » pour les entreprises.
Jean-Marc Ayrault a rassuré les Français : les promesses faites par François Hollande lors de sa campagne seront tenues : création de 60.000 postes dans l’Éducation nationale et de 150.000 emplois d’avenir, mise en place d’un pacte générationnel «associant l’insertion des jeunes et le maintien des seniors dans l’emploi», construction annuelle de 500.000 logements – dont 150.000 logements sociaux – et aussi blocage des loyers. Au bon vieux temps du communisme, le Parti décidait où devait loger le peuple…
Le plus incroyable est le commentaire final du Premier ministre, qui récuse toute forme d’austérité. En effet, la rigueur n’est pas de mise dans un pays où les dépenses publiques représentent 56.7 % du PIB contre 47 % en moyenne en Europe ! Mais on aura aussi apprécié l’avertissement – assez menaçant – à l’adresse de ceux qui ne font pas preuve de « patriotisme économique » (comprendre ceux qui sont spoliés en France et veulent se réfugier à l’étranger). Certes, on ne les enverra pas au goulag comme en URSS mais qu’en fera-t-on ?

Article rédigé par Nicolas Lecaussin le 05 Jul 2012
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