La France ne sait pas soigner ses start-up

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Le pays fourmille de jeunes entreprises innovantes mais elles peinent à se développer. Elles dénoncent un manque de soutien politique.

Par Marie Mawad, le 25 avril 2012

 «Taxer, taxer, taxer, c’est tout ce que j’ai entendu», se lamente Jacques-Antoine Granjon. Pour le fondateur chevelu du groupe français Vente-Privee.com, premier site européen de ventes flash, les candidats à la présidentielle française font fausse route: «Le Web est une mine d’or pour l’emploi, mais cela, les politiques ne le comprennent pas.» Car il n’a guère été question dans leurs discours d’encourager la création du futur Facebook ou du futur Google en France. Des entrepreneurs comme Jacques-Antoine Granjon comptent donc peu sur le vainqueur de l’élection pour reproduire avec le quartier numérique de Paris – surnommé Silicon Sentier – un écosystème semblable à celui de la Silicon Valley, où se côtoient les idées, les investissements et l’enseignement. Créer de nouvelles taxes risque de pousser les jeunes entreprises à fuir Paris et son pôle technologique en herbe. Le futur président devrait prendre modèle sur Google, Microsoft et Facebook, qui épaulent les start-up françaises, estiment certains entrepreneurs, comme Dan Serfaty, créateur de Viadeo, la version européenne de LinkedIn. Les divisions françaises des sociétés américaines repèrent les projets montés en France et les soutiennent en leur apportant les fonds et la technologie nécessaires avant d’exporter leurs idées hors de leur marché d’origine. «La France a un écosystème très prometteur; elle fourmille de sociétés en herbe, de start-up innovantes, d’ingénieurs et de talents», assure Olivier Esper, directeur des relations institutionnelles chez Google France. Au cours des dix-huit derniers mois, Mountain View, une société basée en Californie, a plus que doublé ses effectifs sur le sol français, pour atteindre 400 personnes, des ingénieurs pour la plupart. «Le pays se trouve incontestablement à un tournant.»

Des mesures fiscales incitatives

A mesure que la campagne électorale s’intensifie, on assiste à une surenchère entre les deux favoris pour savoir lequel taxera le plus. Nicolas Sarkozy, le président en place, a ressorti la proposition de taxer les Google, Amazon et autres eBay sur les revenus que ces entreprises dégagent en France, les accusant de «dumping fiscal» dans un discours qu’il a prononcé le 5 avril. Le candidat socialiste, François Hollande, prévoit pour sa part de taxer à hauteur de 75% le revenu des particuliers lorsque celui-ci se monte à plus de 1 million d’euros, s’attirant ainsi les foudres des entrepreneurs. Ces derniers souhaitent des mesures fiscales incitant les investisseurs à financer des start-up innovantes et au travers d’une baisse des charges pesant sur les jeunes sociétés. La France peut donner naissance au prochain Facebook ou au prochain Twitter si elle parvient à satisfaire les investisseurs au portefeuille bien garni et à attirer des poissons encore plus gros, soutient Dan Serfaty. Le chef d’entreprise confie que si Viadeo, qui a son siège à Paris, a ouvert des bureaux dans la Silicon Valley en mars 2011, c’est pour aller là où est l’argent. En octobre, il a sollicité un financement auprès du Fonds stratégique d’investissement, ou FSI, un fonds souverain lancé en 2008 par Nicolas Sarkozy. Viadeo vient d’annoncer aujourd’hui avoir levé 32 millions de dollars de financement, dont un apport de 10 millions du FSI. L’engagement de ce fonds dans le secteur d’internet est dérisoire comparé à ses gros investissements. Sa plus importante participation – 13,5% de France Télécom, ancien monopole d’Etat français – est évaluée à 3,8 milliards d’euros. «Si vous voulez que vos entreprises se développent et ne se fassent pas manger avant, il faut avoir le bon tissu financier», analyse Jean Ferré, directeur de la Division développeurs, plate-forme et écosystème de Microsoft France. «Il faut des «business angels», des capital-risqueurs et la possibilité pour les entrepreneurs d’introduire leur société en bourse.» Des «business angels» français qui ont investi l’année dernière plus de 350 millions d’euros dans quelque 300 entreprises, dont 120 start-up, rappelle Eric Harlé, président de l’Association française des investisseurs en capital (AFIC). «Trois geeks peuvent se retrouver dans un garage quelque part en France et, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, leur application Facebook fera un tabac à l’échelle mondiale», assure Julien Codorniou, directeur des partenariats chez Facebook France. Quelque 12 millions de personnes ont joué à Paf le chien, un jeu né à Lille, dans le nord de la France, et qui consiste à envoyer un chien en l’air. La moitié des joueurs résident en Amérique du Sud, révèle Julien Codorniou.

Développer des entreprises locales prometteuses

Dans un pays où les start-up qui marchent se voient souvent rachetées, les responsables politiques doivent axer leurs efforts sur le développement des entreprises locales prometteuses, réclament les entrepreneurs. En 2010, l’allemand Axel Springer a racheté le site d’annonces immobilières SeLoger.com. La même année, le japonais Rakuten s’offrait le français Priceminister. Tariq Krim, qui a vendu sa société Netvibes à l’éditeur de logiciels français Dassault Systèmes voilà deux mois, redoute que le pays ne se vide de sa matière grise si les start-up continuent d’être ainsi rachetées par la concurrence étrangère et si des villes comme Londres ou Berlin demeurent plus attractives. A l’heure où l’industrie lourde émigre vers les pays à bas salaires, les politiques seraient bien inspirés de choyer les start-up du secteur des technologies au lieu de leur mettre des bâtons dans les roues, suggère Jean-Antoine Granjon, de Vente-Privee.com, qui tente de prendre pied aux Etats-Unis par le biais d’une alliance avec American Express. «Internet fait peur aux politiques, analyse-t-il. C’est nouveau et ils ont du mal à suivre le rythme. Les entreprises ne votent pas, donc les politiques ne s’y intéressent pas.»

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