« Le futur président se heurtera au choc des réalités »

ImageALAIN MADELIN ANCIEN MINISTRE DE L’ÉCONOMIE ET DES FINANCES, CANDIDAT À LA PRÉSIDENTIELLE DE 2002

L’ancien ministre de l’Economie juge que la campagne n’a pas traité les questions de fond et que la stratégie « clivante » de Nicolas Sarkozy n’était sans doute pas la bonne

L’ancien ministre de l’Economie juge que la campagne n’a pas traité les questions de fond et que la stratégie « clivante » de Nicolas Sarkozy n’était sans doute pas la bonne.

Comment analysez-vous les résultats de ce premier tour ?

La France n’échappe pas à la règle qui veut que tous les gouvernants qui se représentent soient désavoués dans les urnes. Mais il faudra s’interroger sur la stratégie de clivage, d’exaltation d’un protectionnisme français et de rejet de l’Europe libérale adoptée par le président sortant. Quant au score de Marine Le Pen, il montre qu’à trop légitimer le protectionnisme, on court le risque de trouver plus protectionniste que soi.

Quel regard portez-vous sur la campagne électorale ?

Il existe un décalage énorme entre l’offre politique indigente présentée par tous les candidats et les enjeux de cette élection. La presse étrangère ne s’est pas privée de pointer la campagne la plus frivole des pays occidentaux. Les questions de fond n’ont pas été traitées. Pis, les politiques proposées, notamment en matière de fiscalité, auraient tôt fait de casser tout éventuel retour de la croissance. Si les candidats devaient appliquer leur programme, quel que soit l’élu, la France serait la championne du monde des impôts et des taxes.

Qui a le mieux porté, selon vous, les idées libérales ?

Aucun candidat n’a porté les idées de libre-échange et d’économie de marché dans la campagne. On recommande à la Grèce, l’Espagne ou l’Italie, pour sortir de leurs difficultés, de s’ouvrir et de privatiser. Mais en France, plus personne ne parle de privatisations ou d’épargne retraite… Toute remise en cause du rôle de l’Etat apparaît comme une attaque contre notre identité culturelle. Toute l’offre politique vise au retour d’un Etat protecteur et producteur. Selon un sondage récent effectué dans 25 pays, à peine un tiers de Français sont attachés au libre-échange, contre 70 % dans des pays comme la Chine ou le Brésil. Résultat, nos hommes politiques s’adressent d’abord à ce pôle dominant de l’électorat.

Verra-t-on reparaître ces questions de fond à l’occasion de la campagne du second tour ?

Il est souhaitable que les débats du second tour en finissent avec les boucs émissaires trop faciles -la finance, les riches, les exilés fiscaux, les immigrés… -pour nous ramener à la question clef de la croissance. L’austérité ne suffira pas. Nous avons besoin de croissance. Cela passe inévitablement par une baisse de la dépense publique, un recentrage de l’Etat sur ses vraies fonctions et la libéralisation de l’économie, au moyen d’un renforcement de la concurrence et d’une fiscalité favorable à la croissance. Quel qu’il soit, le futur président se heurtera au choc des réalités.

Propos recueillis par Jean-Claude Lewandowski Les Echos
 

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