«Punir fiscalement un investisseur, c’est punir l’emploi»

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Pierre Lamunière, président et administrateur-délégué du groupe Edipresse à Lausanne , a déjà versé presque la totalité de ses revenus annuels au fisc

Bilan Quelle part de vos revenus va aux impôts?
Pierre Lamunière 72%, grâce au bouclier fiscal. Mais avant son introduction, il était possible de payer pas loin de 100%
de ses revenus.

B Dur pour les entrepreneurs, mais bon pour l’économie!
PL Non, cela va à l’encontre de l’intérêt général. Car punir fiscalement les entrepreneurs, c’est punir l’emploi. Les contribuables les plus frappés sont les entrepreneurs qui possèdent des sociétés qui marchent bien, qui réinvestissent et créent des emplois. Une fois qu’ils ont payé 45% sur leur salaire et 27% sur les dividendes, ils paient encore un impôt équivalent à 1% de leur fortune qui a été investie dans leur outil de travail. Or, pour payer ce pour-cent, ils doivent sortir des revenus supplémentaires de leur entreprise, qui sont eux-mêmes taxés. Il y a donc une triple imposition.

B Que proposez-vous pour corriger?
PL Je préférerais un impôt sur le revenu plus élevé. Il me semble normal en effet d’être taxé sur ce que vous tirez de votre fortune, mais anormal d’être taxé si vous n’en profitez pas directement.

B Le système incite-t-il les patrons à se verser des dividendes?
PL Oui, il les force à verser au moins 2%. Si vous vous octroyez 2% de dividende, plus de 0,5% ira à l’impôt sur le revenu et 1% à l’impôt sur la fortune; 75% part au fisc, vous n’aurez presque rien gagné.

B En somme, un entrepreneur a avantage à vendre!
PL Oui, et c’est tout le problème. Si vous vendez vos actifs, vous ne payez pas d’impôts sur la plus-value. En revanche, si vous réinvestissez, vous êtes taxé au maximum. La motivation d’un entrepreneur doit être forte, car il n’est pas payé de retour. Or, on oublie que 30% de la masse salariale générée par les emplois qu’il a créés ira aussi au fisc. C’est une énorme contribution à l’ensemble. Quand nous avons fusionné avec Tamedia, le cash encaissé par la vente de notre filiale a été réinvesti dans d’autres activités, des start-up et des projets immobiliers qui soutiennent de nombreux emplois.

B Que pensez-vous des défiscalisations de multinationales?
PL J’y suis favorable, comme aux forfaits fiscaux. Car si les multinationales ne paient pas d’impôts sur le bénéfice, leurs hauts salariés, eux, en paient. Et cette masse salariale imposable représente davantage que le bénéfice de l’entreprise. En plus, ces gens consomment, cotisent à l’AVS. Ces retombées secondaires n’ont pas été prises en compte dans le calcul du manque à gagner du Contrôle fédéral des finances. Dans cette affaire, il ne faut pas faire de la morale, mais penser au bien commun. Voulons-nous une société éthiquement pure et plus pauvre, ou faut-il utiliser les armes à notre disposition dans les limites de la légalité pour affronter la guerre économique globale? L’angélisme n’a jamais créé le moindre emploi.


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