Fiscalité : Londres séduit les hauts revenus français

www.cubink.co.uk

Image

Londres le 09/02/12: Face à un durcissement de la fiscalité, qui pourrait s’accentuer après les élections, cadres, investisseurs et chefs d’entreprises français passent le Channel ou l’envisagent. Le gouvernement de David Cameron fait tout pour les encourager.

Il y a plus que des paroles en l’air derrière les récentes railleries du Premier ministre britannique David Cameron sur le fait que les Français mécontents de la nouvelle taxe sur les transactions financières étaient les bienvenus à Londres. Downing Street poursuit en effet une politique systématique de compétitivité qui séduit de plus en plus de Français au moment où la fiscalité est durcie dans l’Hexagone et risque de l’être davantage après les élections présidentielles. Le Royaume-Uni n’est certes pas la destination préférée des riches français qui vivent de leurs rentes : ceux-ci lui préfèrent la Suisse ou la Belgique. En revanche, les cadres à hauts revenus, les investisseurs ou les chefs d’entreprise sont très tentés. Le sud-est de l’Angleterre a un écosystème entrepreneurial riche et Londres attire les familles.

Le mouvement est encore très discret. « Je n’ai pas fait l’expérience d’un tel courant d’expatriation pour le moment, » confie un banquier français. « C’est n’importe quoi, il y a plutôt un retour vers la France à cause du relèvement du taux marginal de l’impôt sur le revenu de 40 % à 50 % en Grande-Bretagne, » estime un fonctionnaire français de Londres. Mais le sujet est de plus en plus abordé dans les cercles français outre Manche, « surtout depuis deux ou trois semaines ». « De plus en plus de Français consultent des cabinets fiscaux pour s’expatrier, notamment au Royaume-Uni » estime un homme d’affaire français. Olivier Dussarat, associé fiscalité personnelle internationale au cabinet Landwell, approuve : « c’est dans l’air du temps, explique-t-il. On se prépare au cas où : la mise en place en France d’une « exit tax » il y a quelques mois pour dissuader les entrepreneurs de partir, est interprétée comme un très mauvais signe ». Olivier Cadic, un Français qui dirige la liste des élus de l’Assemblée des Français à l’étranger et s’était déjà fait connaître dans les années 1990 en mettant l’accent sur le différentiel de compétitivité entre la France et l’Angleterre, vient de créer une association, UFE Corporate. Elu appartenant à la majorité présidentielle, il déclare recevoir dix coups de téléphone par mois d’entrepreneurs français intéressés par une relocalisation outre Manche. « Que ce soit vers l’Angleterre, la Belgique ou la Suisse, je connais beaucoup de riches Français dans ce cas et je vais même vous avouer que j’en fais partie, » dit un grand patron français. Vers Londres, le flux est masqué par la vague de retour en France des banquiers de la City, où la conjoncture et la réglementation sont défavorables. « En plus tout se passe en-dessous du radar et Bercy n’a pas forcément les bons chiffres », explique un connaisseur. Mais beaucoup confirment que le mouvement a commencé ces derniers mois et se renforcerait en cas de victoire socialiste à la présidentielle.

Ce qui est indéniable, c’est que le gouvernement tory fait les yeux doux aux investisseurs et créateurs d’entreprise. Londres s’est fixé comme but d’être « l’économie la plus compétitive du G20 ». Dans ce cadre, il ouvre grand ses bras aux millionnaires du monde entier prêts à investir, et ce même s’il a promis dans le même temps de réduire drastiquement l’immigration. « Les écarts de fiscalité des deux côtés de la Manche sont déjà devenus considérables et, pour Londres, poursuivre ses efforts de compétitivité internationale est une obsession », explique Arnaud Vaissié, président de la Chambre de Commerce française de Grande-Bretagne.

Le taux marginal britannique d’impôt sur le revenu est passé à 50 %, contre 41 % en France. Mais lorsqu’on englobe les charges sociales et qu’on prend en compte la contribution exceptionnelle de 4 % récemment mise en place par Paris, les hauts revenus sont bien mieux traités outre-Manche, selon Olivier Dussarat. « Tous les cadres de directions européennes qui n’ont pas besoin d’être à Paris sont tentés de profiter de leur mobilité », explique un homme d’affaires qui s’inquiète qu’inversement, les efforts d’ « impatriation » des cadres étrangers en France puissent être remis en cause par le candidat François Hollande. Par ailleurs, il n’y a pas d’impôts sur la fortune outre Manche. « Et lorsque vous investissez jusqu’à 1 million de livres dans une PME, les incitations fiscales sont telles que vous êtes couverts à 75 % sur votre investissement, » explique Arnaud Vaissié qui ajoute qu’il n’y a ensuite pas d’impôt sur les plus-values de cession. En plus de tous ces avantages, Londres abaisse progressivement de 1 % par an le taux général d’impôt sur les sociétés qui passera de 26 % cette année à 23 % en 2015, contre un taux marginal en France de 33 %. De quoi séduire des entrepreneurs français. Même si les hommes d’affaires britanniques dans le même temps se plaignent du climat hostile aux affaires qui règnent selon eux dans leur pays…

NICOLAS MADELAINE, CORRESPONDANT Les Echos A LONDRES

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :