Les Français de Londres veulent rester malgré le Brexit

Ils sont entrepreneurs à Londres et ne sont pas près de faire leurs valises malgré le Brexit. Les Français expatriés outre-Manche expliquent les raisons de leur attachement.

Dans l’attente de la date fatidique du 29 mars 2019, destiné à mettre fin à la suprématie du droit européen au Royaume-Uni, les Français qui choisi de partir outre-Manche pour travailler n’ont pas tous envie de rentrer en France. Le Brexit a pour l’instant un impact limité sur leur activité et ils sont pour la plupart très attachés à Londres pour des raisons diverses et variées…

«Je peux importer mon business ailleurs»

Valérie Edmond, organisatrice de séjours linguistiques en Angleterre

Valérie Edmond a du mal à se projeter à cause de l’incertitude autour du Brexit. « Le Royaume-Uni, ce n’est pas l’Eldorado, mais son atmosphère m’a donné envie d’entreprendre. » Valérie Edmond, une Savoyarde de 30 ans, a travaillé dans des agences de communication à Paris avant de suivre son copain ingénieur outre-Manche.

Entourée d’indépendants depuis son arrivée en 2015, la grande brune vient elle aussi de créer sa micro-entreprise. « On se déclare en ligne à partir de la première facture, apprécie-t-elle. Zéro paperasse, c’est déclaratif et ça prend 15 minutes ! » Idem pour devenir « educational agent », un statut délivré par l’agence gouvernementale Bristish Council. A condition de réussir les examens par Internet. « C’est un peu trop simple. N’importe qui peut être derrière l’ordinateur », observe-t-elle.

Diplômée d’une école de commerce, « Val », comme la surnomme les Britanniques, a utilisé ses compétences en communication et marketing pour lancer eliinengland.com, un site spécialisé dans les séjours linguistiques personnalisés. Sa mission principale consiste à placer des élèves dans des écoles privées, aux quatre coins de l’Angleterre. La porteuse d’affaires touche entre 20% et 30% de commission. « Il me faut 1 000€ par mois pour être bien », estime l’auto-entrepreneuse, qui se dit prête à « cumuler un emploi pour payer les factures ».

Dans ce « secteur ultra-concurrentiel et très mature », l’ex-employée organise sur Facebook des campagnes de publicités ciblées. Dans son viseur, adolescents, étudiants mais aussi retraités. « Les Français me demandent s’il faut un visa. Mais une carte d’identité suffit », insiste celle qui s’est installée avant le référendum, en juin 2016. Un événement qui l’a marquée : « Avec mon compagnon, on n’a pas senti venir le Brexit. Du coup, on n’a pas transféré d’argent en France. Et la livre a continué de chuter. »

Dans l’expectative, le couple hésite à investir dans la pierre. « Le Royaume-Uni, c’est bien pour monter une affaire, pas pour faire un gros achat. Si ça se trouve, ils feront payer les propriétaires étrangers plus que les Britanniques », se demande-t-elle. La citoyenne européenne redoute aussi d’être traitée comme l’une de ses amies russe. Une habituée « des lourdeurs administratives » pour prolonger son séjour…

« C’est difficile de se projeter », regrette-t-elle, avant de positiver : « Je peux importer mon business ailleurs car je suis joignable par mail et par téléphone. » Passionnée de voyages, « Val » se verrait bien d’ici trois ans en Italie, « pour le soleil », ou en Europe de l’Est.

«La hausse des taxes sur les importations me fait peur»

Yohann Meignen, fondateur du Coq épicier

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Yohann Meignen ici dans son épicerie « le Coq épicier » à Camden Passage/LP/ Philippe Lavieille 

Camden Passage. C’est dans une petite rue pavée piétonne et commerçante fréquentée à la fois par les touristes et les Londoniens que l’on tombe sur «le Coq épicier ». Derrière le comptoir, le Nantais Yohann Meignan joue de son accent. Il est content : son projet de « promouvoir la cuisine française à l’étranger » s’est concrétisé et «ça marche bien ».

Depuis juillet 2016, il vend son vin, son pain, ses saucissons, fromages, cornichons et caramels au beurre salé… Au total, ces 180 références de produits très « frenchy », de préférence non vendus ailleurs dans la capitale », sont achetés auprès d’une quarantaine de producteurs français. Pour trouver son local, Yohann, arrivé à Londres en 2015 pour suivre sa compagne, expatriée française pour Danone, n’a pas hésité à demander l’aide d’un conseiller immobilier anglais. Deux jours après l’avoir consulté, il trouve son bonheur. Celui-ci a un prix qu’il peut s’offrir grâce à la vente de sa précédente entreprise parisienne de location de voitures avec chauffeur.

Entre le loyer et les taxes professionnelles, ses 35 m2 lui coûtent 4 282 livres sterling par mois (4 900€). « Pour m’y retrouver, je double systématiquement le prix auquel j’achète le produit et ajoute les frais de livraison et de conversion entre l’euro et la livre », explique Yohann Meignan, qui arrive malgré tout à se verser un salaire de 1 260€ maximum.« La hausse des taxes sur les importations, une fois le Brexit effectif, me fait peur car je devrai augmenter les prix de vente. Cela ne sera pas supportable pour les clients », redoute l’épicier de 31 ans qui a malgré tout ouvert son commerce quelques jours après le résultat du référendum.« Ce sera sans doute plus difficile pour obtenir un visa de résidents car on n’est pas mariés », souligne-t-il. En attendant, l’avenir du couple se conjugue malgré tout en anglais car il sera bientôt propriétaire d’un appartement londonien.

Même élan dans les projets professionnels : «J’adore Londres, c’est une ville super pour entreprendre, les gens sont simples. Il est possible d’ouvrir facilement plein de boutiques. » Avant cela, il veut d’abord mieux rentabiliser la sienne, proposer de la rôtisserie et vendre du vin au verre.

«Le Brexit, c’est juste un mauvais passage»

Tram Anh et Huy Nguyen, entrepreneurs dans la finance

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Londres (Royaume-Uni), le 13 juin. Le couple Nguyen travaille au 22e étage du Shard, la plus haute tour d’Europe./LP/ Philippe Lavieille 

Entrepreneurs dans la finance, Tram Anh et Huy Nguyen n’ont pas l’intention de quitter la capitale britannique. «Londres n’est plus le New-York européen. Aujourd’hui, les opportunités pour entreprendre sont aussi à Paris ou à Amsterdam. » Pour Huy Nguyen, polytechnicien de 45 ans, « la plus grosse place de marché de l’euro » a perdu de sa superbe et risque de perdre des talents. Mais dans le secteur, ce n’est pas le premier sujet d’inquiétude. « Il y a une incertitude autour de l’automatisation. Les banquiers se demandent s’ils seront remplacés par des robots », explique sa femme Tram Anh Nguyen, une ex-trader de 42 ans.

Ce couple de Parisiens, à Londres depuis 2003, pilote CFTE, une plate-forme de cours en ligne pour « démystifier la finance digitale ». Du Vietnam au Canada, les élèves, banquiers ou avocats, suivent des formations payantes sur la blockchain et la cryptomonnaie. En parallèle, le père de famille est en train de monter une banque en ligne, spécialisée dans l’épargne. « Ici, les gens n’économisent pas assez pour la retraite ou l’éducation de leurs enfants », analyse-t-il. Son business concernant uniquement le Royaume-Uni, l’entrepreneur n’envisage pas un retour en France. « La finance a subi le krach boursier de 2001 et la crise bancaire de 2008, renchérit Tram Anh. Le Brexit, c’est juste un mauvais passage. »

«Ici, on laisse plus la chance aux jeunes»

Tarik Bennafla, coiffeur indépendant à domicile

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Tarik Bennafla coiffeur pour les VIP, à Kensington Street/LP/ Philippe Lavieille

Si Tarik se déplace toujours avec sa valise, ce n’est pas pour fuir Londres à tout moment. C’est son outil de travail. D’abord responsable d’un salon ouvert par son mentor Massato, célèbre coiffeur parisien, pendant deux ans, ce Français originaire des Yvelines se déplace désormais depuis quatre années à domicile ou dans les hôtels où séjournent ses clients fortunés, dans le quartier bobo de High Street Kensington notamment. Chanteurs, acteurs ou mannequins le sollicitent régulièrement.

Contrairement à certains de ses amis qui travaillent dans la finance et ont décidé de plier bagage, le Brexit ne l’inquiète pas outre-mesure. « Ce n’est plus un sujet de conversation », lance-t-il, confiant pour la suite. Ce qui lui plaît le plus à Londres ? « L’ouverture d’esprit et la mixité sociale. On laisse plus la chance aux jeunes ici qu’à Paris», apprécie Tarik, titulaire d’un CAP et d’un brevet professionnel coiffure.

Il a choisi le statut très populaire en Angleterre de « self-employed », ou travailleur indépendant. Simple et rapide pour s’enregistrer, ce système lui permet de ne pas appliquer de TVA en-deçà de 80 000 livres ( 91 000 €) de chiffre d’affaires annuel. Lui gagne environ 3 000 livres (3400 €) par mois.

«Londres reste une place mondiale du business»

Fabrice Haiat, co-fondateur de Yoobic

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Fabrice Haiat, co fondateur de Yoobic/LP/ Frédéric Dugit

Fabrice Haiat, co-fondateur de Yoobic, plate-forme d’applications mobiles pour la grande distribution. « J’ai moins de mal à recruter ici. Londres est une ville attractive et au moins tout le monde parle anglais », se réjouit Fabrice Haiat.

Barbe longue et bien taillée, coupe courte et costume branché, Fabrice Haiat est le cofondateur, avec ses deux frères, de Yoobic. La start-up développe progressivement des applications mobiles en B to B pour optimiser l’organisation dans les magasins et valoriser l’expérience client. A la rentrée, elle va proposer des micro-formations que les vendeurs pourront suivre sur leur mobile pour se tester. Ses clients, une cinquantaine de grands comptes du secteur du prêt-à-porter, du luxe ou de l’alimentaire, ont au minimum 10 points de vente.

C’est à Londres que les trois centraliens ont décidé d’installer le siège social de leur entreprise, créée il y a quatre ans et demi, « pour la déployer tout de suite à l’international », explique Fabrice Haiat. « Développer l’Angleterre depuis la France c’est difficile, mais l’inverse, est possible », raconte-t-il.

Il sait de quoi il parle. Avec ses frères, ils ont regretté de n’avoir pas réussi à donner à leur précédente entreprise, basée à Paris, cette dimension internationale. En revanche, « c’est faux de croire que les entreprises françaises s’installent à Londres pour bénéficier des impôts moins élevés, précise-t-il. La vie ici est tellement chère par ailleurs qu’il n’y a pas d’avantage financier. Quant à la flexibilité de l’emploi, c’est un fantasme. Le droit du travail existe, les procédures de licenciement aussi ».

Ce qui plaît au Français de 44 ans « c’est la culture de l’international ». Pour preuve, la centaine de personnes qu’il emploie, dont 70 à Londres, représentent 17 nationalités. « C’est la tour de Babel », sourit-il. Ce qu’il recherche pour l’instant, c’est la croissance. Et a donc besoin pour cela de compétences, même si les salaires lui coûtent plus chers. « J’ai moins de mal à recruter ici. Londres est une ville attractive et au moins tout le monde parle anglais ». Cela ne l’empêche pas d’avoir deux autres filiales, à Paris et Tel Aviv (Israël), avant une troisième à New York (Etats-Unis) dès septembre.

Brexit ou pas Brexit, pas question pour Yoobic de réduire la voilure. « Je n’ai pas l’intention de fermer Londres ni de changer de siège social », affirme l’entrepreneur qui s’attendait pourtant à un « vrai cataclysme ». « Il y a eu quatre mois de flottement dans notre activité, se souvient-il, car l’inconnu n’est jamais bon pour le business ». Aujourd’hui, malgré l’incertitude qui demeure, Fabrice Haiat est optimiste. « Je ne vois pas ce qui pourrait se passer à mon échelle, explique-t-il. Dans la Tech, le business ne se raisonne pas de façon nationale ». Il n’empêche, il admet que le Brexit lui coûte un peu plus cher. « On facture dans la devise de nos clients et supportons la charge liée aux écarts de change mais rien de significatif », assure-t-il. L’entreprise boucle actuellement une deuxième levée de fonds de plus de 10 M€.

«Nous ne voulons pas être les derniers à partir»

Véronique Forge et Anthony Karibian, entrepreneurs

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Véronique Forge, son mari britannique Anthony Karibian et leurs enfants seront Parisiens à la fin du mois. /LP/ Philippe Lavieille

Les enfants s’amusent dans les cartons sous le regard de leurs parents, préoccupés par le déménagement. Véronique Forge, fondatrice du média féminin Businessofeminin, et son mari britannique Anthony Karibian, lui aussi entrepreneur, quitteront fin juin le chic quartier français de South Kensington, dans le sud-ouest londonien, et leur maison victorienne. « Elle a perdu 20% de sa valeur depuis le référendum sur le Brexit. Nous allons la mettre en location », explique Anthony, avec son accent british.

« On n’a aucune visibilité depuis 2016 », peste sa femme. « Les grandes entreprises n’investissent plus, les petites non plus », note ce patron d’une société de services numériques aux TPE-PME. Autre conséquence, la fuite des cerveaux européens : « On manque d’ingénieurs. Les Espagnols ou les Grecs sont partis. Résultat, des candidats sans expérience demandent un salaire équivalent à celui d’un diplômé », poursuit Anthony.

Véronique, elle, refuse d’avaler la pilule : « J’ai plus vécu à Londres qu’à Paris, j’ai trois Britanniques à la maison et on me demande de postuler pour obtenir le statut de résidente. C’est surréaliste. » La Parisienne de 43 ans a hâte de rentrer chez elle : « Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, il y a une vraie dynamique. Je veux profiter de cet optimisme. »

En se rapprochant de ses partenaires et des pigistes qui font vivre son site Internet, sans attendre le Brexit prévu en mars 2019, Véronique est convaincue de monter dans le wagon des gagnants : « Nous ne voulons pas être les derniers à partir. Dans notre entourage, cinq familles ont quitté Londres. »

Virginie de Kerautem et Cyril Peter leparisien

Dominique IAKHLEF
Operations pilot

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Brexit : La City de Londres, aspirateur de flux financiers des paradis fiscaux ?

40 % des sièges sociaux européens des 250 premières multinationales sont à Londres.

Le point crucial de la négociation de la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne concerne les flux financiers. Le risque est que la City de Londres se transforme en une « mega plateforme » d’évasion fiscale…

Un an après le referendum qui a approuvé la sortie du Royaume Uni de l’Union Européenne, le Brexit, les pourparlers ont commencé le 19 juin pour établir quand et comment cela sera effectif. Theresa May à rendu visite a Emmanuel Macron le tout nouveau Président français le 12 juin puisque le Commissaire européen chargée du dossier n’est autre que Michel Barnier, un français membre à ce jour des Républicains et conciliateur, tandis que David Davis, ministre anglais chargé de la négociation est un conservateur brexiter dur.

La nouveauté est que la procédure du Brexit a été engagée et elle n’a pas été enterrée comme les referendum en France, aux pays Bas et en Irlande qui avaient refusé la Constitution Européenne en 2005 mais que les élites dirigeantes avaient fait approuver par les « partis de gouvernement » dans les parlements. Personne n’ignore d’ailleurs que le vote anglais a été le résultat de la politique économique désastreuse appliquée avec constance et par alternance par les sociaux-libéraux et les conservateurs qui ont expliqué cette politique était une exigence de la Commission.

Ceux qui, par le passé, soutenaient que le Brexit serait un désastre pour la Grande Bretagne ont commencé à réviser leurs prévisions car la seule nouveauté en un an a été une dévaluation de la livre de 10% qui a renchérie et limitée les importations de voitures allemandes chères et diminué du même taux la valeur en Euro des avoirs des continentaux à Londres.

Michel Barnier a posé explicitement trois problèmes à traiter

  • a) le statu des résidents européens en Grande Bretagne (3 millions de personnes)
  • b) la question de l’Irlande, libre circulation des biens et des personnes se dirigeant vers le continent sur le territoire anglais, ainsi que la situation de l’Irlande du Nord et
  • c) la question économique et en particulier celle de la régulation des flux financiers.

Le premier point est important pour les pays d’Europe centrale et orientale, l’Espagne et le Portugal qui sont de pays exportateurs de main d’œuvre. La destruction de l’éducation en général et des études médicales et paramédicaux en particulier, par les conservateurs britanniques (comme Macri en Argentine) a conduit à ce que de nombreux médecins, infirmières, kinésithérapeutes, biochimistes mais aussi des plombiers, des électriciens, etc. travaillent en Angleterre. Ils ont des contrats genre « travailleurs détachés » touchent des salaires inférieurs aux anglais ce qui constitue une juteuse affaire pour les entreprises spécialisées dans le trafic de main d’œuvre mais dans sa configuration actuelle une source importante de revenus pour ces pays exportateurs.

Un autre point important est l’instauration de droits de douane britanniques aux exportations européennes, en particulier agricoles, qui devront se passer de la préférence communautaire et resteront à la merci de la concurrence des exportations américaines et argentines, entre autres. Elles pourraient en plus pâtir de la « préférence impériale » (qui a coûté a l’Argentine le Traité Roca Runciman en 1933) et dont l’application a déjà été réclamée par l’Australie, le Canada et la Nouvelle Zélande. Quand à l’instauration des droits de douane européens cela nécessitera une âpre négociation à l’intérieur de l’Union où chaque pays essayera de tirer son épingle du jeu et obtenir la meilleure protection possible selon sa convenance.

Le principal point d’achoppement sera le problème de flux financiers. Rappelons que 40% des sièges sociaux européens des 250 multinationales les plus importantes du monde se trouvent en Grande Bretagne. Si ces entreprises déménagent cela constituera une perte fiscale nette importante pour les anglais. Mais pour l’Union Européenne le problème du Brexit est tout autre. Elle craint que le Royaume Uni se transforme en une sorte de « mega plateforme » d’évasion fiscale ce qui est déjà en partie le cas aujourd’hui. Les Iles Vierges, les Bahamas, Bermudas, Anguilla, Caïman, Maldives, Turks-et-Caïcos, Man, Jersey, Guernesey etc. sont sous souveraineté britannique. Cela préoccupe beaucoup l’Allemagne et l’Autriche quant au sort de leur paradis fiscal à eux, le Liechtenstein, mais aussi la France avec Monaco et Andorre.

Si le « territoire financier britannique » n’est pas soumis aux règlements communautaires et choisi, comme il y en a tout l’air, « d’alléger » les contraintes et régulations fiscales et financières, la City se transformera en un gigantesque aspirateur des flux financiers. L’enjeu est de taille puisque, à ce jour, les dépôts dans les paradis fiscaux classés noir ou gris foncé atteignent 7,5 mil milliards (trillons en anglo-saxon) d’Euro dont 80% est du à l’évasion fiscal..

Deux alternatives s’ouvrent : le hard Brexit (dur) où le Royaume Uni aurait vis-à-vis de l’UE un statu similaire à celui de la Suisse. Ou un softBrexit (mou) où il aurait un statu comparable a celui de la Norvège (libre accès au marché européen en s’acquittant d’une compensation financière). Les discussions seront très longues et difficiles car des relations économiques et financières complexes ont été tissées pendant 45 ans.

Bruno Susani

Bruno Susani est Docteur en Sciences Économiques. Ex conseiller régional de l’Ile de France (pour le Parti Socialiste). Auteur du livre « Le péronisme, de Perón à Kirchner », Ed. de L’Harmattan, Paris 2014.

Dominique IAKHLEF

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L’attractivité du Royaume-Uni, irrésistible malgré le Brexit

BlogA l’annonce du Brexit en juin 2016, la rumeur courait que toutes les compagnies implantées au Royaume-Uni quitteraient le pays comme les rats le navire. Comme nous avions tort !  Depuis quelques mois, de nombreuses multinationales font le choix de se délocaliser à Londres. Une décision stratégique qui s’explique aisément.

Le Royaume-Uni a très rapidement compris que s’il ne voulait pas être à la dérive, il devait appâter les entreprises. Et rien de plus attractif qu’une bonne baisse de l’impôt sur les sociétés (IS). Car oui, maintenant que la Grande-Bretagne s’est émancipée suite à sa crise d’adolescence, elle est libre de faire ce qui lui plait quand il lui plait. Et en business comme à la guerre, tous les coups sont permis.

L’impôt sur les sociétés réduit de 3%

Le Premier Ministre britannique l’a bien compris : les entreprises recherchent uniquement le profit. Face à ce constat, Theresa May s’est engagée à baisser l’impôt sur les sociétés de 20% à 17% d’ici 2020. Un coup de maitre qui fait du Royaume-Uni l’un des pays les plus compétitifs au monde en terme d’IS. Cette réduction de la pression fiscale attire les grands groupes et de facto de nombreux emplois. A cela s’ajoute la baisse de la taxe des profits générés par des brevets exploitables de 12% à 10% dès 2017. Une véritable aubaine pour les sociétés spécialisées dans l’innovation et la technologie.

Le débarquement des compagnies outre-Manche

Cette stratégie récente porte déjà ses fruits. Dès 2017, la société Facebook installera son nouveau quartier général dans le secteur de Fitzrovia à Londres. Plus de 500 emplois seront créés par la même occasion : ingénieurs et commerciaux sont recherchés afin de participer au développement de Workplace, une déclinaison de Facebook réservée exclusivement aux entreprises et professionnels. Google ne redoute pas non plus le Brexit. Pour preuve, son nouveau siège, le plus grand d’Europe, accueille déjà 2 500 nouveaux employés juste à côté de King’s Cross et est en cours d’agrandissement. Un projet pharaonique ! Les 93 000 mètres carrés hébergeront, outre les bureaux, un mur d’escalade, deux piscines, un stade de foot, un minigolf, un bowling, des cours de cuisine et des salles de massage… à première vue, ce lieu de travail s’apparente plus à un camp de vacances. D’ailleurs, d’ici 2020, 3000 nouveaux emplois devraient être créés, l’occasion ou jamais de postuler !

Les grands groupes alimentaires suivent le mouvement et sont également attirés par cet éden fiscal. Ainsi, le quartier général de McDonald’s quitte le Luxembourg et s’installe définitivement à Londres. Cette vague de déménagements est un soulagement pour le Royaume-Uni, dont l’économie et la réputation se retrouvent stimulées. Moralité : la raison des Anglais est toujours la meilleure.

Vous aussi, Créez Votre Société En Angleterre!

Auriane Duroure et Angélica Tarnowska (www.lepetitjournal.com/londres)

 

ROYAUME-UNI – Les entreprises européennes toujours plus nombreuses !

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Europe’s number one business city! London offers your business the best chance of international success

Dans les semaines qui ont suivi le Brexit, le nombre de nouvelles sociétés enregistrées par des Européens au Royaume-Uni est allé en s’accroissant. 

Ceci n’est peut-être qu’une coïncidence, mais ce qui semble un paradoxe renvoie à la question que bon nombre de ressortissants Français se sont posée après le 23 juin 2016 : une fois sorti de l’Union Europe, le Royaume-Uni allait-il demeurer tout aussi attractif pour les entrepreneurs français ? Même si les incertitudes face au Brexit sont loin d’être dissipées, plusieurs pistes de réflexion incitent à penser que la réponse sera affirmative.

Créer une société au Royaume-Uni, un jeu d’enfant ! Une Ltd en 24h

Dans l’ère post-Brexit, la Grande-Bretagne ne sera plus soumise aux nouvelles régulations européennes, ce qui signifie que la création de société sera plus simple que dans les pays membres de l’Union Européenne. Avant la décision du 23 juin dernier, le Royaume-Uni était déjà, selon le classement de la Banque Mondiale intitulé ‘Doing business 2017’, le 17eme pays du monde dans lequel il était le plus facile de créer une start-up, loin devant la France en 27eme position, l’Italie en 63eme position et l’Allemagne en 114eme position.

De plus, parmi les structures de sociétés existantes au Royaume-Uni, il existe une structure appelée ‘Private Limited Company’ (ci-après dénommée ‘Ltd’), laquelle s’avère très simple dans sa création et ses règles de fonctionnement : on peut créer une Ltd en 24 heures si cela est nécessaire. Des statuts standards (‘Articles of Association’) sont fournis par le registre des sociétés britannique (‘Companies House’) ; toutefois il est conseillé de rédiger des statuts uniques, propres à l’entreprise, car ils permettent aux directeurs et aux actionnaires d’éviter des problèmes sur le long terme, contrairement à des statuts standards. La responsabilité des actionnaires est limitée à hauteur des actions qu’ils détiennent dans le capital social. Et ce dernier peut s’élever à une livre sterling ! (pas de montant minimum donc). En France, les règles concernant la création de société sont beaucoup plus rigides (pour ne citer qu’un exemple, la création de la SAS française inclut la publication dans un journal d’annonces légales, le dépôt du dossier de création au Centre de Formalité des Entreprises, l’enregistrement des statuts au centre des impôts).

Une imposition sur les sociétés très basse, des talents cosmopolites, une place financière depuis des siècles

Le taux d’impôt sur les sociétés en Grande-Bretagne va être réduit à 19 % à compter du 1er avril 2017 et 17 % à compter du 1er avril 2020. Un taux bien plus bas que dans des pays tels que la France (33,33 %). De la même façon, l’imposition sur les gains en capital est de seulement 10 % par application du système dit de l’’Entrepreneur’s Relief’, ce qui signifie qu’une start-up ici sera peu imposée sur l’éventuel gain de la revente de son activité. Enfin, Londres comprend de nombreux talents cosmopolites et attire des capitaux du monde entier, autant d’atouts pour faciliter le développement d’entreprise. Place économique et financière bien longtemps avant que le Royaume-Uni ne devienne membre de l’Union Européenne, tout laisse à penser qu’elle continuera de l’être, bien longtemps après avoir quitté celle-ci.

En bref, si même dans son discours du 21 février dernier, Emmanuel Macron, candidat à la présidence de la République française, a demandé aux Français expatriés à Londres de revenir en France, promettant de nombreuses mesures incitatives à leur égard, on se dit que le chemin est encore long avant que la France ne soit aussi accueillante aux nouvelles start-ups que le Royaume-Uni l’est aujourd’hui!

Hélène Bérard pour LPJ Londres

Nous assistons à la naissance du Royaume-Uni comme paradis fiscal!

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Le groupe de restauration rapide quitte le Luxembourg. La perspective du Brexit et les taux d’imposition faibles permettent à Londres d’attirer les entreprises.

Près de six mois après le vote en faveur du Brexit, la carte de la fiscalité mondiale est en train d’être redessinée, avec un Royaume-Uniqui met en avant ses impôts faibles. Jeudi 8 décembre, McDonald’s a annoncé qu’il déplaçait sa base fiscale internationale duLuxembourg au Royaume-Uni.

Cette annonce intervient au moment où la Commission européenne veut taxer les multinationales dans chaque pays où elles réalisent des bénéfices. Concrètement, le groupe américain de fast-food va créer une « structure unifiée » qui recevra les droits de propriété intellectuelle versés par les restaurants franchisés à travers le monde, hors Etats-Unis. « Ce sera plus simple administrativement, réduira les dépenses et augmentera la flexibilité », explique le groupe. Ses activités près de Lausanne, en Suisse, qui étaient une filiale de la structure au Luxembourg, vont fermer.

L’annonce intervient alors que le groupe est depuis décembre 2015 sous le coup d’une enquête de la Commission européenne, qui l’accuse d’avoir bénéficié d’un traitement fiscal de faveur des autorités du Luxembourg. Cela lui aurait permis « de ne payer virtuellement aucun impôt sur les sociétés au Luxembourg ni aux Etats-Unis sur ses profits », accuse Bruxelles. Le déménagement ne changera rien à l’enquête en cours et aux risques de sanction. Mais à l’avenir, il permet à l’américain d’être hors de l’Union européenne et donc de se soustraire à la possibilité d’une même mésaventure.

« Un avertissement à l’Union européenne »

« Nous sommes en train d’assister à la naissance du Royaume-Uni comme paradis fiscal », estime Richard Murphy, de l’association Tax Justice Network.

Il rappelle que l’enquête de la Commission repose sur les règles européennes, lesquelles assimilent les cadeaux fiscaux à des aides d’Etat, qui sont interdites au nom de la concurrence.

« Avec le Brexit, cela ne s’appliquera plus au Royaume-Uni. »

« Ce déménagement ressemble à un avertissement à l’Union européenne », ajoute Prem Sikka, professeur de comptabilité à l’université de l’Essex.

« Nous assistons à la naissance du Royaume-Uni comme paradis fiscal »

Pour l’instant, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne n’est pas effective, mais Londres a clairement fléché le chemin fiscal qu’il comptait emprunter. Le gouvernement britannique a annoncé en novembre qu’il allait continuer la réduction de son imposition sur les sociétés, commencée par son prédécesseur. Alors que celui-ci était de 28 % en 2010, il est aujourd’hui de 20 % et il passera à 17 % d’ici à 2020. « C’est de loin le plus faible du G20 », se vante l’administration britannique.

Ce taux reste supérieur à celui de l’Irlande (12,5 %), mais est nettement inférieur à celui des Etats-Unis (35 %, même si Donald Trump a promis de le réduire), de la France (33 %) ou de l’Allemagne (30 %).

Officiellement, la première ministre, Theresa May, tient pourtant des propos durs contre l’évasion fiscale.

« Si vous ne payez pas vos impôts, nous vous poursuivrons, déclarait-elle en octobre lors de la conférence annuelle du Parti conservateur. (…) Qui que vous soyez, aussi riche et puissant que vous soyez, votre devoir est de payer vos impôts. »

Un « Singapour sur Tamise »

Les militants anti-évasion fiscale doutent cependant que les gestes accompagnent la parole. Les autorités fiscales britanniques sont en sous-effectifs notoires, souligne M. Sikka. De 2004 à 2015, Her Majesty Revenues and Customs a perdu le tiers de sa main-d’œuvre, avec la suppression de 30 000 emplois. Entre 2010 et 2015, il n’y a eu que onze poursuites judiciaires pour de l’évasion fiscale vers des paradis fiscaux.

Lire aussi :   Optimisation fiscale : que risque McDonald’s ?

« Le Royaume-Uni est particulièrement mauvais à faire appliquer sa loi dans ce domaine », ajoute M. Sikka.

Politiquement, Mme May est encouragée par de nombreux partisans du Brexit à baisser davantage sa fiscalité. Ceux-là rêvent d’un pays à faible imposition, ouvert sur le monde, par où passeraient les capitaux de la planète : une sorte de « Singapour sur Tamise ».

Sans forcément en arriver là, la sortie de l’Union européenne, prévue pour mars 2019,

permet au Royaume-Uni de donner des assurances aux entreprises. La fiscalité britannique ne dépend plus de potentielles nouvelles règles venues de Bruxelles.

« Il y a aujourd’hui plus de certitudes sur la fiscalité au Royaume-Uni qu’il n’y en a au Luxembourg, à cause des enquêtes de la Commission européenne », note M. Murphy.

L’annonce de McDonald’s illustre le déclin du Luxembourg comme place fiscale. « Son pouvoir d’attraction a clairement diminué », estime M. Murphy. Les accords fiscaux offerts aux entreprises appartiennent désormais au passé. Londres pourrait être le grand gagnant de ces cartes rebattues.

Eric Albert (Londres, correspondance) Le Monde.

Dominique IAKHLEF


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Londres attire toujours autant les Français

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L’ancien siège anglais de Michelin, à Chelsea, témoigne d’une présence française historique. Photo12/Alamy

Londres, sixième ville de France? L’affirmation est plus qu’exagérée. Mais la capitale britannique continue d’attirer massivement les Français, en quête d’avenir et d’ouverture. Et elle abrite nombre de success-stories tricolores.

Le mythe est là, régulièrement entretenu par les opportunismes des uns et des autres : des hordes de Français déferleraient chaque année sur la capitale britannique. Ils viendraient s’installer pour l’esprit d’entreprise anglo-saxon, pour fuir une taxation française trop lourde. Londres serait même, si l’on en croit Boris Johnson, son très charismatique maire, la sixième ville de France.

Sauf qu’il s’agit d’un mythe et que, comme tous les mythes, la vérité est bien plus nuancée. La communauté tricolore à Londres est certes importante, mais, dans une métropole internationale de 8,5 millions d’habitants, elle n’est qu’une parmi d’autres. Polonais, Indiens, Irlandais, Italiens sont plus nombreux que les Français, si l’on s’en tient au recensement de l’Office national des statistiques (ONS).

Le consulat français enregistre 122 000 inscrits pour l’ensemble du Royaume-Uni, mais l’inscription n’étant pas obligatoire, ce sont en fait environ 300 000 compatriotes qui seraient établis dans le pays, dont un peu plus de 60 % à Londres et dans sa grande banlieue.

Et non, ces Français ne sont pas seulement là pour échapper à la pression fiscale ­ les taux d’imposition sur les revenus sont sensiblement les mêmes, sauf pour les très hauts salaires, dirigeants de grandes entreprises qui trouvent avantage à résider de ce côté-ci de la Manche. Londres attire surtout pour sa proximité avec la France, son marché de l’emploi très flexible, son dynamisme et son ouverture.

A tel point que David Cameron, le Premier ministre britannique, a eu beau jeu, en 2012, après l’élection de François Hollande, de dérouler le tapis rouge aux entreprises et entrepreneurs tricolores.

La méritocratie plutôt que les diplômes

Nous sommes dans le très chic centre commercial de Westfield, à White City, dans l’ouest de la capitale. Dans la boutique flambant neuve de Devialet, les murs sont blancs, la musique suave. Ça et là, de beaux objets clairs et chrome, aux allures de casques de cosmonautes ou de coco de mer, vibrent au rythme des décibels. Ce sont des enceintes très haut de gamme, imaginées, conçues et vendues par la société française Devialet. Joachim Fritsch, 25 ans, est un nouveau Français de Londres.

Il s’y est installé voilà un an, en charge du développement de l’entreprise pour le Royaume-Uni. Il dirige aujourd’hui une équipe de 15 personnes, a ouvert en décembre un stand dans le grand magasin de luxe Harrods, et, en principe, posera ses beaux engins ce printemps dans les magasins Apple. « C’est un rêve entrepreneurial », explique Quentin Saunié, cofondateur de Devialet. Et ce sont ces rêves français que Londres accueille en masse.

institut-francais_5729725File à l’institut français pour le vote lors de l’élection présidentielle française de 2012. AFP

Un taux de chômage très bas ­ 6,4 % ­, une population internationale, un accent mis sur la méritocratie plutôt que sur les diplômes et une discrimination à l’embauche ­ notamment en raison des origines ­ très peu présente, sont autant de facteurs attractifs pour les Français, particulièrement les jeunes. On est loin du cliché du city boy, débarqué avec femme, enfants, et gros package, pour travailler dans la finance. Bien entendu, ces Français-là sont présents, mais pas forcément en majorité.

Les entrepreneurs et les patrons sont aussi très représentés. Benoît Buridant, cofondateur de French Founders, un club exclusif d’entrepreneurs français, né à New York en 2014, vient d’ouvrir une antenne à Londres, parce que « le besoin se faisait sentir ». Une cinquantaine de membres, fondateurs de start-up, CEO d’entreprises, sont déjà inscrits. « L’idée est de s’entraider, de gagner du temps lorsqu’on veut travailler sur un nouveau marché à l’étranger », explique Benoît Buridant.

En fait, « nos compatriotes affichent une grande diversité de situations et de profils. C’est une vraie force d’avoir une communauté française aussi importante qui contribue à l’influence de la France dans tous les domaines », explique Sylvie Bermann, ambassadeur de France au Royaume-Uni. Cette population est plutôt jeune ­ elle a entre 18 et 40 ans ­, très mobile, bien diplômée et trouve relativement facilement un emploi ­ les trois-quarts sont actifs, selon le recensement de l’ONS, réalisé en 2011. Une bonne moitié des Français établis à Londres travaillent dans l’éducation, la santé ou l’administration publique, mais aussi dans la finance ou l’immobilier. Quelque 22 % exercent une activité dans l’hôtellerie ou la restauration.

Depuis une dizaine d’année, Anne Faure, présidente de la Fédération des associations françaises de Grande-Bretagne (FAFGB), constate « un net rajeunissement parmi les Français de Londres » et surtout voit « de plus en plus de femmes actives, diplômées ». La FAFGB est aussi un reflet de la diversité de la communauté française. Une cinquantaine d’associations, caritatives, éducatives, professionnelles et même régionales, s’y retrouvent dans un forum d’échanges incessants. « C’est souvent le premier point d’ancrage lorsqu’on arrive », explique Anne Faure.

Même s’il n’est guère compliqué de s’intégrer à Londres pour un Français. Les organisations, sites, associations d’entraide, de conseils et autres « bons plans » sont légion. La communauté tricolore a sa télévision, sa radio « French Radio London », ses journaux ­ Le Petit Journal, L’Echo ­, des églises, des centres médicaux. « C’est bien plus facile aujourd’hui de s’installer et de s’intégrer, au risque parfois de rester dans un milieu un peu trop franco-français », note Stella Bataille.

La jeune femme est arrivée à Londres en 1989. Avec un mari anglais, son expérience n’a pas été celle de l’expatriée typique. « Surtout qu’à l’époque, il n’y avait pas grand chose pour les Français ». Elle confie aimer ce milieu londonien, international, « très ouvert, très respectueux des libertés individuelles ». En arrivant, elle a commencé à travailler comme professeur de français et s’est prise de passion pour l’enseignement aux enfants. En 1993, elle fonde le Club Petit Pierrot qui offre, par immersion complète, le samedi matin en général, des cours de français de 8 mois à 8 ans, à des petits Britanniques mais aussi à des Allemands, des Russes, des Italiens, des Libanais. L’ap prentissage du français reste prisé, « c’est encore considéré comme une langue prestigieuse et il y a un véritable intérêt pour la culture française », explique Stella.

L’école française et, en premier lieu, le Lycée français Charles de Gaulle, reste bien entendu une référence, un point de ralliement d’une partie de la communauté française. Situé dans le quar tier central de South Kensington, il partage le même pâté de maison que le consulat et l’Institut français. « Un peu plus de 6 000 élèves sont inscrits au Lycée, entre le primaire, le collège et le lycée, souligne son proviseur, Olivier Rauch, mais l’immense majorité des enfants français est scolarisée ailleurs. » Les écoles françaises restent tout de même un facteur pour le choix des logements. De moins en moins de Français habitent South Ken habitent South Kensington, où le prix de l’immobilier atteint des sommets vertigineux. « La population s’est étalée en cercles concentriques », note Olivier Rauch. Plutôt vers l’ouest et le sud, là où se trouvent des écoles primaires françaises.

Le Lycée français reste le coeur de la communauté

Co-auteur d’un très bel ouvrage paru en 2015 pour célébrer le centenaire de la fondation du Lycée français Charles de Gaulle de Londres, Olivier Rauch s’est plongé dans les archives. « Dans les années 1950 et 1960, le Lycée a attiré toute une série de classes sociales dites « intellectuelles », des peintres, des artistes, des écrivains… tous anglais. Dans une société britannique encore imprégnée de l’époque victorienne, un lycée où on parlait français, où il n’y avait pas d’uniformes, où la mixité était la règle, où les châtiments corporels étaient inexistants, c’était très séduisant », raconte-t-il.

Olivier Rauch est catégorique, l’afflux des Français n’est pas particulièrement massif ces dernières années. « C’est plutôt un flux continu, il y a eu beaucoup d’arrivées dans les années 1990, l’Europe connaissait alors une forte croissance, il y avait un regain puissant de la finance, on recherchait des talents français », explique-t-il. Les listes d’attente des dernières années pour entrer au Lycée seraient davantage liées à un manque de place et à des classes d’âge nombreuses qu’à des arrivées massives. « Alors que les Britanniques qui vont s’installer en France sont souvent des retraités, les Français qui viennent au Royaume-Uni sont généralement des trentenaires ou quadra en famille », souligne Olivier Rauch.

Depuis l’ouverture du Collège français bilingue de Londres (CFBL) en 2011, à Kentish Town, dans le nord-est de la capitale, et surtout celle du Lycée international Winston Churchill à Wembley, dans l’ouest, inauguré en septembre 2015 par le président François Hollande, l’appel d’air fonctionne et les listes d’attente sont sur le point de disparaître. Aujourd’hui, 87 % des élèves scolarisés sont français, dont 17 % de Franco-Britanniques. « Pour une partie de la société française à Londres, le Lycée reste le coeur de la communauté », explique Olivier Rauch.

Avec des résultats exceptionnels, il est aussi « de plus en plus une référence en Angleterre. De plus en plus d’universités de prestige accueillent nos bacheliers, qui choisissent, à 60 %, de poursuivre leurs études supérieures au Royaume-Uni », ajoute-t-il. Pour la rentrée 2016, pas moins de treize élèves ont ainsi reçu une offre des universités d’Oxford ou de Cambridge, du jamais vu. Et c’est bien là probablement la caractéristique la plus nouvelle des expatriés français de Londres : ils rentreront peut-être un jour en France, mais leurs enfants, eux, sont bien partis pour rester.

Par Sonia Delesalle-Stolpler L’Express Tendances

Brexit : la Grande Bretagne envisage de devenir un paradis fiscal

UK

Le ministre britannique des Finances George Osborne prévoit en effet d’abaisser l’impôt sur les sociétés en-dessous de 15%, de manière à concurrencer l’Irlande sur son propre terrain. L’Angleterre deviendrait un sérieux paradis fiscal outre-manche.

Le Financial Times explique que le chancelier de l’Echiquier veut ainsi limiter les conséquences économiques du Brexit. George Osborne, qui espère succéder au démissionnaire David Cameron comme Premier ministre, a déclaré qu’il souhaitait bâtir une « économie super compétitive » basée sur une faible imposition des entreprises et la conquête de nouveaux marchés. Autrement dit le ministre entend pratiquer le dumping fiscal et concurrencer ainsi l’Irlande sur la question de l’impôt sur les sociétés (IS).
Baisser l’IS sous les 15 % contre 28 % depuis 2010, mènerait le Royaume-Uni au niveau des paradis fiscaux européens, au premier rend duquel l’Irlande donc, qui s’est fait une spécialité de domicilier les filiales des grands groupes en Europe (Apple, Microsoft, Google…).

Pour le ministre des Transports irlandais, l’annonce d’Osborne est « une tentative évidente » pour attirer les investisseurs et les convaincre de quitter l’Irlande. « Si le chiffre descend jusqu’à 12,5% dans le Royaume-Uni, cela serait une menace pour nous et nous devrons prendre les mesures pour nous adapter en conséquence », a dit Shane Ross, un ministre indépendant.

Les Pays-Bas aussi, qui ont une place de choix dans le cœur des multinationales grâce à leur exemption d’imposition sur la propriété intellectuelle, se sente aussi menacés. Ils ont également annoncé qu’ils allaient revoir leurs taux d’imposition pour demeurer attractifs. « C’est une chose à laquelle nous pensons au regard de l’avenir », a dit un porte-parole du ministère néerlandais des Finances. « Nous souhaitons lutter contre l’évasion fiscale mais nous devons également penser à notre climat d’investissement ».
La moyenne de taux d’imposition sur les sociétés des occidentaux est supérieure à 25 % et est de 33 % en France, 30 % en Allemagne. La Grande-Bretagne envisage dans un premier temps de passer l’IS à 17% d’ici 2020 et de poursuivre la baisse sous les 15 %.

L’Organisation pour la coopération économique et le développement (OCDE), le dit : une nouvelle baisse de la fiscalité des sociétés au Royaume-Uni aboutirait « à une économie du type de celle d’un paradis fiscal ».

HUMANITE.FR !

 

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